BORDEAUX

Jean-Claude SEGUIN

Bordeaux, chef-lieu de la Gironde (France), compte 252 102 habitants (1894). 

1896

Le Cinématographe Lumière (10, allées de Tourny, 29 février 1896)

 

Les Bordelais vont avoir la chance de découvrir très tôt le cinématographe Lumière. Après Paris et Lyon, c'est l'une des toutes premières villes à accueillir l'invention des Lyonnais. La Petite Gironde annonce ainsi l'ouverture prochaine de la salle : 

La Photographie animée à Bordeaux.
Notre ville va être dotée incessamment d’un spectacle extraordinaire, unique en son genre, et qui remporte, à Paris et à Lyon, un succès considérable.
Nous voulons parler de la photographie animée â l'aide du Cinématographe, de MM. Lumière frères, de Lyon.
M. Chavanon, agent général, fait installer leur ingénieux appareil dans un local situé allées de Tourny, 10, près la rue Jean-Jacques-Bel, et tout fait espérer que, d’ici peu de jours, chacun pourra en admirer le merveilleux fonctionnement.
Le Cinématographe ne se contente pas d’enregistrer les scènes animées les plus variées, il permet de les montrer en grandeur naturelle, à toute une assemblée, sous forme de projections lumineuses qui développent les scènes les plus familières de la vie réelle avec leurs moindres détails.
Nous tiendrons nos lecteurs au courant du jour de l’ouverture de ce spectacle extraordinaire, que, nous en avons la conviction, tous les Bordelais tiendront à honneur de connaître.


La Petite Gironde, Bordeaux, 26 février 1896, p. 2.

Le choix des allées de Tourny n'est certes pas anodin, nous sommes dans l'une des plus belles places de Bordeaux où flâne la meilleure bourgeoisie. On image donc que l'une des premières cibles ne sont sans doute pas les classes populaires. Au numéro 10, se trouvent les Cycles Gladiator (septembre 1895), et le cinématographe est présenté " à côté du comptoir d'Escompte " (Le Nouvelliste de Bordeaux, Bordeaux, 26 février 1896). Quant à Antoine Chavanon, il s'agit d'un proche collaborateur des Lumière qui est assisté de Vincent Billard, un opérateur au service des inventeurs lyonnais.

cinematographe 1896 bordeaux comptoir général escompte
La Phographie animée par le Cinématographe de MM. A & L. Lumière
© Musée Paul-Dupuy, Toulouse
Bordeaux, Comptoir National d'Escompte de Paris
10, allées de Tourny (début du XXe siècle)


Le cinématographe va organiser, le samedi 29 février 1896, une première séance réservée aux invités de marque et aux journalistes :

M. Chavanon, agent général de MM. Auguste et Louis Lumière, avait convié hier soir samedi la presse et quelques invités à la soirée d'inauguration des projections de photographies animées obtenues à l'aide du Cinématographe.
Une dizaine de tableaux, reproduction de scènes de la vie courante, ont littéralement émerveillé les spectateurs. C'est là une des manifestations de la science dans ce qu'elle a de plus curieux, de plus aimable et de plus intéressant.
Ajoutons que le local, vaste, bien aéré, est très coquettement et surtout très confortablement aménagé, et en terminant nous adressons nos remerciements à M. Chavanon, pour la courtoisie avec laquelle il a fait hier soir à ses nombreux invités les honneurs de son salon.
Les séances publiques du cinématographe sont données à partir d'aujourd'hui dimanche, allées de Tourny, angle de la rue Jean-Jacques-Bel.


La Gironde, Bordeaux, 2 mars 1896.

Le public est convié le lendemain dimanche à venir découvrir les photographies animées du cinématographe Lumière. La presse va vite consacrer quelques articles, passage obligé, sur le fonctionnement du cinématographe. C'est le cas de La France dans son édition du 2 mars 1896 et du Nouvelliste dans celle du 7 mars 1896, grâce aux explications fournies par Antoine Chavanon lui-même. Ce dernier article se termine par quelques lignes qui annoncent de futurs tournages :

[...] 
Ajoutons, pour terminer, que M. Chavanon se propose de croquer quelques scènes bordelaises dans lesquelles se trouveront des personnages typiques de notre asphalte. Cette idée sera certainement très bien accueillie du public et ne fera qu'augmenter la vogue énorme qu'a obtenue, dès le premier jour, l'exposition des allées de Tourny.


Le Nouvelliste, de Bordeaux, Bordeaux, 7 mars 1896, p. 3.

Les tournages locaux constituent toujours une bonne méthode pour attirer le public qui cherche à s'y reconnaître ou à identifier untel ou untel. Le tournage n'aura lieu que quelques mois plus tard et il n'est sans doute pas dû à Antoine Chavanon. Au cours du mois d'avril, certains jours, le cinématographe suspend ses projections dans la salle des allées de Tourny pour participer à des soirées au bénéfice de différents acteurs du théâtre des Arts : 

Le Cinématographe
Le cinématographe prenant part à la représentation donnée au bénéfice de M. Deroudilhe au Théâtre des Arts, les séances données au local, 10, allées de Tourny, seront suspendues pendant toute la journée du samedi 11 avril. Elles reprendront, comme à l'ordinaire, le dimanche 12 avril, à midi.


La Gironde, Bordeaux, samedi 11 avril 1896.

La presse continue régulièrement d'annoncer le spectacle, même si les articles ou entrefilets ont tendance à disparaître. Il faut un événement particulier pour que les journaux évoquent à nouveau le cinématographe. C'est ainsi le cas du banquet organisé par l'Association amicale des Anciens élèves de l'École centrale des arts et manufactures qui se termine dans la salle du 10, allées de Tourny par des projections cinématographiques :

Le groupe de Bordeaux et du Sud-Ouest de l'Association amicale des Anciens élèves de l'École centrale des arts et manufactures se réunissaient samedi soir, après son banquet annuel, dans les salons du Cinématographe, où était donnée une séance de cinématographie de M. Lumière, comprenant une conférence sur la photographie animée, faite par le directeur du Cinématographe, M. Chavanon, et la projection de toutes les vues dont dispose l'appareil. C'est avec une clarté qui a mérité les plus vifs applaudissements de cet auditoire d'élite que M. Chavanon a démontré la technique du Cinématographe, après avoir expliqué les inventions de Hamchutz (sic) et d'Edison, les promoteurs de la photographie animée. Après les merveilleuses projections de M. Lumière, dont le succès a été très grand, démonstration a été faite des appareils. Un champagne d'honneur, après lequel on s'est séparé, a été offert à leurs invités par les anciens élèves de Centrale.


Le Nouvelliste de Bordeaux, Bordeaux, 4 mai 1896.

Afin de renouveler quelque peu la formule mise en place depuis l'ouverture du poste, des soirées de gala sont organisées au cours desquelles les projections animées sont précédées d'une conférence, un peu sur le modèle de la soirée de l'Association amicale :

Des séances de gala, précédées d'une conférence explicative sur le fonctionnement de l'appareil, auront lieu les mardis et vendredis, à partir de 8h1/2 du soir. Prix d'entrée : 2f. La première séance de gala est fixée au vendredi 29 courant, à 8h1/2 précises
du soir.


Le Nouvelliste de Bordeaux, 28 mai 1896.

 Par la suite, seuls les renouvellements significatifs du programme conduisent à publier un article dans la presse. C'est le cas des vues du couronnement du tsar à Moscou, ainsi que la présentation de vues locales :

LE CINÉMATOGRAPHE.-Samedi soir a été donnée une séance fort intéressante au Cinématographe Lumière.
La direction avait convoqué les membres de la presse, ainsi que quelques personnalités de notre ville, afin de leur présenter toute une série de nouveaux tableaux empruntés à l'actualité la plus palpitante.
Les Fêtes du couronnement du tsar à Moscou ont défrayé la première partie du programme. Nous avons vu successivement reproduire les divers épisodes de cette sensationnelle solennité ; Les souverains, leurs Grands-officiers, Les ambassadeurs, Les délégations asiatiques, Les troupes à pied et à cheval ont défilé sous nos yeux avec leur mouvement et leur vie.
Il serait difficile de donner une idée exacte de cette prestigieuse évocation. Ce sont des choses qu'il faut voir pour se rendre compte de la merveilleuse invention de M. Lumière. Tout spectacle est pâle et froid à côté de cette conserve animée de la réalité. Les applaudissements et les cris d'admiration du public ont, du reste, souligné comme il convenait l'apparition des tableaux successifs.
La deuxième partie nous avait réservé quelques vues de Bordeaux, où la vie de notre cité est prise sur le fait ; voitures, tramways, passants affairés ou flâneurs se succèdent dans l'imprévu de leurs préoccupations ou de leur fantaisie.
Mention particulière à la démolition d'un mur et à sa reconstruction par un passage à rebours des clichés. Cette dernière expérience présente un intérêt tout particulier au point de vue technique.
Nous devons noter une grande amélioration en ce qui concerne la durée des tableaux et la succession des images partielles. Le papillotement nécessaire nous semble s'être beaucoup atténué, et il est permis d'espérer sa suppression complète dans un avenir peut-être prochain.
En résumé, soirée exceptionnelle, qui vaudra sans doute au Cinématographe Lumière des milliers de visiteurs. Ce sera un grand succès et un succès légitime.


Le Nouvelliste de Bordeaux, Bordeaux, 20 juillet 1896, p. 3.

Dans le catalogue commercial de la maison Lumière, on ne trouve pas de vues de Bordeaux, mais leur tournage a bien eu lieu, probablement dans la seconde quinzaine du mois de juin et il est dû avec une forte probabilité à Alexandre Promio. Par la suite, la presse cesse pratiquement de parler du cinématographe et le dernier article semble être celui publié par La Vie mondaine (Bordeaux) dans son édition du 1er novembre. 

Répertoire (autres titres) : Le Forgeron battant le fer, Le Cavalier sautant en selle, Les Flots déferlant en nappes d'écume (La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, Bordeaux, 2 mars 1896), Le Saut à la couverture (La Gironde, Bordeaux, 7 mars 1896), Une discussion (La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, Bordeaux, dimanche 8 mars 1896), Les ForgeronsLe Repas de bébéLa Baignade en mer (Le Nouvelliste de Bordeaux, Bordeaux, 10 mars 1896), La MerArrivée d'un train en garePlace des CordeliersChapeau à transformationsLes Deux BébésLeçon de voltige (La Vie bordelaise, Bordeaux, 22 mars 1896), Sortie de l'usine Lumière (Le Nouvelliste de Bordeaux, 24 mars 1896), Défilé à chevalCortèges impériaux se rendant au Kremlin, [Cortèges impériaux] en revenantDescente de l'escalier rouge par le tsar et la tsarine, précédés et suivis des princes et ambassadeurs de toutes les nations, Charge de cuirassiers (La Gironde, Bordeaux, 20 juillet 1896).

Le Cinématographe Lumière (Théâtre des Arts, 11/18 avril 1896)

Grâce à un accord entre Antoine Chavanon, responsable du poste Lumière des allées de Tourny et le théâtre des Arts, plusieurs séances de projections animées vont y être offertes au public à l'occasion de soirées données au bénéfice de différents comédiens comme l'acteur local Louis Deroudilhe :

THÉÂTRE DES ARTS. Nous avons annoncé que M. Deroudilhe, dont le bénéfice aura lieu samedi prochain 11 avril, a pu se procurer le précieux concours du Cinématographe de MM. Auguste et Louis Lumière. 
Le cinématographe, placé 10 allées de Tourny, attire chaque jour un nombreux public dans ses élégants salons ; le succès de la photographie animée est très grand, mais les spectacles du théâtre des Arts pourraient redouter que, vu les dimensions de la salle de la rue Castelneau d'Auros, les reproductions du cinématographe ne soient un peu restreintes et relativement peu visibles.
Nous pouvons assurer que les mesures seront prises pour proportionner les dimensions de l'ouvrage au cadre de la salle, c'est-à-dire que - ce sera un attrait de plus - les vues agrandies paraîtront grandeur nature.
Location ouverte de 11h à 5h, 52 rue Saint-Sernin.


Le Nouvelliste de Bordeaux, Bordeaux10 avril 1896, p. 3.

L'initiative va se renouveler  huit jours plus tard pour rendre hommage à M. Perny, un autre acteur spécialisé dans les rôles de jeunes premiers :

Théâtre des Arts
La soirée d'aujourd'hui, aux Arts, sera donnée, comme nous l'avons annoncé, au bénéfice de M. Perny, le sympathique jeune premier rôel de notre seconde scène.
Depuis deux ans, M. Perny a marché de succès en succès, et tous les rôles qu'il a abordés lui ont valu, de la part des dilettantes comme du grand public, les plus chaleureux bravos.
Le public bordelais sera heureux de lui donner une preuve de sympathie et de le fêter ce soir.
Le spectacle se composera des Deux Gosses, avec Mlle Hélène Réyé, dans le rôle de Claudinet.
M. Perny s'est assuré le concours du Cinématographe, dont le succès a été prestigieux l'autre soir.
Voici la série des scènes de photographie animée qui sera offerte aux spectateurs : 1º Bébé pêcheur ; 2º Un coin du port de Marseille ; 3º La voltige ; 4º Un prêté pour un rendu ; 5º Discussion ; 6º Saut à la couverture ; 7º Un débarcadère ; 8º Les Forgerons ; 9º Les Deux Gosses : 10º Le cantonnier ; 11º Le serpentin ; 12º Le chapeau à transformations ; 13º La place des Cordeliers, à Lyon ; 14º La baignade en mer ; 15º Une démolition ; 16º L'arrivée d'un train en gare.


La Gironde, Bordeaux, dimanche 19 avril 1896.

C'est à nouveau au bénéfice d'un autre acteur du Théâtre des Arts, M. Gabriel Roger, que le cinématographe va prêter ses services pour compléter la soirée théâtrale du 21 avril : 

Théâtre des Arts
Demain mardi, représentation extraordinaire au bénéfice du M. Gabriel Roger, le sympathique premier rôle de genre, vivement applaudi cette année dans les rôles du Dompteur, du Paradis, création de premier ordre ; de Montègre, de l’Ami des Femmes ; du marquis de Chantelaur, du Remplaçant ; de Bevailan, du Roman d’un Jeune Homme pauvre ; de Hoche, du Lion amoureux, etc., etc. M. Roger s’est assuré le concours du Cinématographe. Bordeaux marche sur les traces de Paris ou de Londres, où il n'est pas de spectacle select de qui ne se termine par quelques scènes de photographies animées. La location est ouverte de dix heures à cinq heures, 52, rue Saint-Sernin.
Le Cinématographe offrira au public plusieurs tableaux nouveaux. Voici la série complète :
1e Le Menuisier (1re exhibition) ; 2e Bébés pêcheurs ; 3e un prêté pour un rendu ; 4e le Repas de Bébé ; 5e Le Cantonnier ; 6e les Forgerons ; 7e les Deux Gosses ; 8e Retour de voyage (1re exhibition) ; 9e le Chapeau à transformations ; 10e les Ateliers maritimes à La Ciotat (1re exhibition); 11e le Serpentin ; 12e la place des Cordeliers (Lyon) ; 13e une démolition ; 14e Baignade en mer ; 15e la Place de la Concorde (Paris) (1re exhibition) ; 16e l’Arrivée du train.


La Petite Gironde, Bordeaux, 21 avril 1896, p. 3.

Le Théâtre des Arts va faire appel, encore une fois, au cinématographe pour une soirée organisée au bénéfice de l'actrice Mme Renée Lemercier, le 25 avril :

On nous prie de rappeler la représentation de demain soir samedi au bénéfice de Mme René Lemercier, grand premier rôle, avec le concours du Cinématographe.


Le Nouvelliste de Bordeaux, Bordeaux, 25 avril 1896.

Un cinquième acteur du Théâtre des Arts, auquel on rend hommage le mardi 28 avril, va également faire appel au cinématographe pour une dernière fois :

Théâtre des Arts. Demain mardi sera donnée la représentation au bénéfice de M. Albert Chevalier, le sympathique régisseur du Théâtre des Arts. Il a obtenu le concours du Cinématographe qui sera exhibé pour la dernière fois au Théâtre des Arts. Sans aucune augmentation du prix des places, le public pourra voir le magnifique drame de M. Decourcelle les Deux Gosses et une série de vingt-deux scènes de photographie animée, triées sur le volet. La location est ouverte de dix heures à cinq heures, 63, rue Saint-Sernin.


La Petite Gironde, Bordeaux, 28 avril 1896, p. 3.

Si la formule, presque constante, développée par le système Lumière consiste à présenter un spectacle uniquement constitué de vues animées, il arrive - comme dans le cas bordelais - que l'appareil se " dévergonde " et participe à des spectacles de théâtre ou de variétés. Dans le cas présent, l'expérience se renouvelle avec un succès certain.

Le Cinématographe (Bouffes-Bordelais, [26]-[29] avril 1896)

Un appareil cinématographique fait partie des représentations qui sont données aux Bouffes-Bordelais, la nouvelle salle bordelais, située rue Judaïque, qui n'est d'ailleurs pas totalement achevée :

Bouffes-Bordelais
Demain soir dimanche, pour les dernières représentations, Bordeaux dans la Lune, avec grand ballet fantastique nouveau de M. Ambrosiny, le Serpent et la Rose.
Succès sans précédent du Cinématographe, avec ses très curieuses projections de photographies animées.


La Petite Gironde, Bordeaux, 26 avril 1896, p. 3.

Information très lapidaire qui n'est pas vraiment complétée par un autre entrefilet :

Bouffes bordelais
Le cinématographe déroule devant les yeux des spectateurs ses merveilleuses projections de photographies animées.


Le Nouvelliste de Bordeaux, Bordeaux, mercredi 29 avril 1896.

Nous ignorons le nom de l'opérateur et celui de l'appareil qui propose les photographies animées.

bordeaux bouffes bordelais

Bordeaux, Les "Bouffes Bordelais" (c. 1905)

Le Cinématographe du Grand restaurant du Louvre (21, cours de l'Intendance, [7] octobre 1896→ [1908])

J. Pérard, le propriétaire du Grand restaurant du Louvre, sur le cours de l'Intendance, n'a  pas attendu l'arrivée du cinématographe pour offrir à ses clients des " projections lumineuses " afin d'agrément leur dîner. Il n'est donc pas très surprenant de voir que dès le mois d'octobre, il va proposer des " séances de cinématographie gratuites " (La France, cité dans Berneau, 1988: 20).

bordeaux restaurant louvre 03

A. Germond de Lavigne, Biarritz et autour de Biarritz, (Guide Joanne), Paris, Librairie Hachette et Cie, 1894, p. 15 (annonces)

Aucune information en revanche sur le répertoire des vues ou sur l'origine du cinématographe. Ces projections vont avoir une très longue vie puisque il y en a encore en 1908.

 1897

Le Cinématographe (Place des Quinconces, [15] octobre-[17] novembre 1896)

La foire d'octobre, qui commence le 15 octobre et se termine quinze jours plus tard (prolongée, en 1896, jusqu'au 17 novembre), va accueillir plusieurs appareils destinés à la projection de vues animées. La presse reste très discrète sur ces loges cinématographiques. On en trouve une première dans l'allée Sud :

Elle vient de s'ouvrir, notre grande foire d'octobre, et elle a été amplement baptisée par de fortes ondées [...] Le Cinématographe, donnant la photographie animée en couleur, et où nos lectrices pourront admirer " Émilienne d'Alençon ", " Otéro " et " Une scène piquante de suggestion ".


La Vie joyeuse, Bordeaux, 22 octobre 1896

À peine un autre entrefilet au début du mois de novembre :

La foire d'octobre.- [...] Dans l'allée sud : le Cinématographe a droit à une visite, de même que la Photographie animée [...].


La Vie Joyeuse, Bordeaux, 5 novembre 1896.

La Photographie animée (Place des Quinconces, [15]octobre-[17] novembre 1896)

La foire d'octobre, qui commence le 15 octobre et se termine quinze jours plus tard (prolongée, en 1896, jusqu'au 17 novembre), va accueillir plusieurs appareils destinés à la projection de vues animées. La presse reste très discrète sur ces loges cinématographiques. On en trouve une dans l'allée Sud :

Dans l'allée Sud : la Photographie animée, scène vivante en mouvement, donnant l'illusion réelle de la vie.


La Vie joyeuse, Bordeaux, 22 octobre 1896

À peine un autre entrefilet au début du mois de novembre :

La foire d'octobre.- [...] Dans l'allée sud : le Cinématographe a droit à une visite, de même que la Photographie animée [...].


La Vie Joyeuse, Bordeaux, 5 novembre 1896.

Le Chronophotographe (Foire, [15]octobre-[17] novembre 1896)

La foire d'octobre, qui commence le 15 octobre et se termine quinze jours plus tard (prolongée, en 1896, jusqu'au 17 novembre), va accueillir plusieurs appareils destinés à la projection de vues animées. La presse reste très discrète sur ces loges cinématographique. Un " Chronophotographe " propose des séances :

La foire
[...]
La dernière merveille scientifique et amusante, le Chronophotographe, projections lumineuses et animées de grandeur naturelle. À chaque représentation, l'Arrivée du tsar à Paris : le Défilé du cortège.


Le Nouvelliste de Bordeaux, Bordeaux, 23 octobre 1896.

Le Scénéoscope du Café Bibent (1, cours du XXX-Juillet, 20-[22] octobre 1896)

Alors que la foire continue à battre son plein, le café Bibent propose quelques séances de photographies animées :

Depuis mardi soir, une nouvelle attraction est installée au café Bibent, à l'entresol, à l'usage des promeneurs qui se rendent à la foire. Il s'agit du Scénéoscope, qui n'est autre chose qu'une exhibition du même genre que le Cinématographe ou photographie animée.


Le Nouvelliste de Bordeaux, Bordeaux, 22 octobre 1896.

Le café Bibent va fermer ses portes vers 1901 et à sa place, à partir de 1903, s'ouvre le café Gobineau.

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Imp. Wetterwald Frères, Bordeaux, Bordeaux.-Grands Hôtel, Café, Restaurant de la Maison Gobineau
Une vue extérieure de l'Établissement
(c. 1904)

1897

Le Cinématographe du Grand restaurant du Louvre (21, cours de l'Intendance, [7] octobre 1896→ [1908])

Le restaurant du Louvre propose toujours des projections animées au cours de l'année 1897.

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La Petite Gironde, Bordeaux, 25 février 1897, p. 4.

Le film annoncé, Le Grand Assaut d'armes de Pini et Kirschoffen figure au répertoire des vues Pirou/Joly-Normandin. Il arrive également que le restaurant accueille des banquets comme celui organisé en hommage à M. Vergez, le directeur des cours de la Société Philomathique :

Hommage à M. Vergez.
Il y a quelques mois à peine, lors de la distribution des prix aux élèves de la Société Philomathique, nous exprimions à M. Vergez, le distingué et dévoué directeur des cours, les regress que sa décision de prendre sa retraite causaient à tous ceux qui le connaissaient et avaient été à même d'apprécier ses hautes qualités. L'Association des anciens lauréats de la Société avait tenu, elle aussi, à adresser un témoignage de sa reconnaissance et, à cette occasion, elle offrait, avant-hier, un punch à son ancien directeur.
[...]
Tous les assistants, partageant l'émotion de M. Vergez, se sont alors levés pour venir lui serrer les mains et le remercier.
Cette belle soirée s'est terminée par une séance fort intéressante de phonographe et de cinématographe. Il était près d'une heure du matin lorsqu'on s'est séparé.


La Petite Gironde, Bordeaux, 15 novembre 1897, p. 3.

Le programmation du restaurant du Louvre propose également des vues locales, comme L'Arrivée du 10e Hussards à Bordeaux dont l'éditeur reste difficle à déterminer.

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Le Petite Gironde, Bordeaux, 8 décembre 1897, p. 4.

1898

Vente de cinématographe (avril 1897)

Une petite annonce est publié dans La Petite Gironde pour la vente d'un cinématographe :

A CÉDER cause maladie, un cinématographe complet. En parcour. petit. villes on peut gagner 100 à 150 fr. p. j. Au besoin, on conserver. tiers ou moitié de l'affaire. Ecr. initiales F.L.A., Ag. Havas, Gr.-Théâtre.


La Petit Gironde, Bordeaux, 7 avril 1897, p. 4.

Le Cinématographe Lumière (22, rue Vital-Carles/10, allées de Tourny, 18-[21] avril/[30] avril-[9] mai 1897)

Le Cinématographe Lumière est de retour au printemps 1897. La formule est nouvelle, car l'appareil cinématographique est accompagné d'un mimophone,  breveté par Jules Texier. Ce dernier a présenté son appareil au public bordelais, vers la fin du mois de mars :

Le Mimophone.
M. Texier, le propriétaire du « Mimophone chanteur-parleur » dont nous avons déjà entretenu nos lecteurs, offrait hier soir aux autorités et à la presse, une séance d’inauguration de son curieux instrument.
Cette séance avait lieu rue Vital-Carles, 22, où M. Texier vient de s’installer. Un public nombreux avait répondu à l’appel de M Texier, qui a déployé la meilleure grâce à recevoir ses invités. Ces derniers ont été émerveillés par le « Mimophone » qui a chanté et parlé tout son répertoire, très varié, très original, très moderne.
Installé avec élégance et confortable, M. Texier, qui a ouvert ses salons au public, est assuré de rencontrer à Bordeaux le succès qui l’a accueilli dans toutes les villes où il a déjà montré son instrument.


La Petite Gironde, Bordeaux, 20 mars 1897, p. 3.

bordeaux vital carle

R. & J. D., Bordeaux, Rue Vital Carles et Saint-André (début XXe siècle)

C'est précisément au 22, rue Vital-Carles qu'un mois plus tard environ, s'installe le cinématographe Lumière dont l'inauguration a lieu le dimanche 18 avril :

Le Cinématographe.
Encouragé par l’accueil qui lui a été fait l'année dernière par la population bordelaise, le Cinématographe Lumière revient s’établir dans notre ville.
Personne n'a oublié ce spectacle, aussi intéressant qu’agréable.
De nombreuses vues complètement inédites à Bordeaux, telles que : un Duel au pistolet à Mexico, les Chutes du Niagara, les Bains des Dianes à Milan, et beaucoup d’autres qu’il nous serait trop long d’énumérer, ainsi que son adjonction au Mimophone, cette autre récente invention d’effet si merveilleux, dont la presse bordelaise a déjà entretenu le public, lui sont un sûr garant de succès.
Le Mimophone et le Cinématographe Lumière seront visibles tous les jours, à partir de dimanche prochain, de deux à six heures de l'après-midi, et de huit à onze heures du soir, rue Vital-Carles, 22.


La Petite Gironde, Bordeaux, 16 avril 1897, p. 3.

On peut penser que Jules Texier est intéressé à l'affaire, mais il n'est pas certain qu'il soit le propriétaire du cinématographe. Les séances se prolongent jusqu'aux derniers jours d'avril :

Le Mimophone et le Cinématographe.
Aux auditions si intéressantes du mimophone viennent de se joindre les vues animées du cinématographe Lumière, qui nous revient remarquablement perfectionné.
Les projections plus lumineuses, plus nettes que celles qui attiraient la foule il y a quelques mois au salon installé sur les allées de Tourny, ont de plus cet avantage que l’image étant absolument fixe l’œil n’est plus fatigué par aucune trépidation. La difficulté est vaincue.


La Petite Gironde, Bordeaux, 21 avril 1897, p. 4.

Dans les derniers jours d'avril, le cinématographe et le mimophone quitte la rue Vital-Carles pour retrouver la salle du nº 10 aux allées de Tourny :

Mimophone et Cinématographe.
Séance très intéressante hier soir au numéro 10 des allées de Tourny, dans le local où on a eu l’heureuse idée de réunir le mimophone et le cinématographe. Cette séance était réservée à la presse et aux invités, et tel avait été l’empressement de chacun à répondre à l’aimable appel des impresarii qu’il a fallu faire deux fournées complètes. Le succès ainsi a été doublé, car ce sont des applaudissements enthousiastes qui ont accueilli chaque numéro.
Rien de plus curieux que d'entendre, par exemple, le mimophone chanter le Noël, d'Adam, après avoir exécuté une fanfare villageoise suivie des cris de : « Vive Monsieur le Maire ! vive la Fanfare ! Rien de plus intéressant que de suivre au cinématographe le mouvement d’une foule sortant de l'église, ou les ébats de chats s’efforçant d’atteindre une gourmandise qui leur est tendue, ou encore une bataille à coups de boules de neige, au cours de laquelle un agile filou s'empare de la bicyclette d’un innocent amateur et file au loin à toute vitesse. Tout Bordeaux voudra voir ces deux merveilles réunies. Le local où elles sont mises en œuvre est, dès aujourd'hui, ouvert au public.


La Petite Gironde, Bordeaux, 30 avril 1897, p. 3.

Plus d'informations sur le répertoire du mimophone que sur celui du cinématographe. Il semble qu'il y ait eu une fonctionnement aléatoire, puisque les interruptions d'interrompre pour reprendre le mercredi 5 mai :

Mercredi a eu lieu en présence de plusieurs notabilités et de la presse, la réouverture du cinématographe qui a obtenu l'an dernier un accueil si favorable auprès du public bordelais. Des améliorations sensibles ont été apportées dans le fonctionnement de cet intéressant appareil. La nouvelle série de tableaux présente des sujets tout à fait différents de ceux qui composaient les spectacles précédents, et l'inventeur s'est efforcé de donner aux scènes représentées plus de fixité et de relief. Il a réussi en partie à supprimer le fâcheux tremblotement si fatiguant pour l’œil du spectateur produit par l'évolution du rouleau. La deuxième partie du spectacle a été consacrée à l'audition mécanique d'un singulier instrument : le mimophone, invention toute récente. Comme son nom l'indique cet objet ingénieux est l'interprète assez fidèle de la voix et des sons. En somme c'est le phonographe auquel a été adapté une sorte de porte-voix qui empêche la diffusion des vibrations sonores et les porte d'une façon indirecte jusqu'à l'auditeur.
J.R.


Le Mondain bordelais et du Sud-Ouest, Bordeaux, 9 mai 1897.

La catastrophe du Bazar de la Charité, à Paris, le 4 mai explique sans doute que le cinématographe Lumière de Bordeaux ne fasse plus parler de lui.

1898

The American Biograph (Olympia, 16->31 janvier 1898)

À l'Olympia de Bordeaux, The American Biographe inaugure ses projections le samedi 16 janvier 1898 :

Olympia. Demain soir samedi, première représentation de The American Biograph. Cette attraction est appelée à faire sensation à Bordeaux. Hâtons-nous de dire que le Cinématographe n’est pour rien dans cet appareil, qui donne des projections, à 80 mètres d’éloignement, de 10 mètres de large sur 8 mètres de haut, sans trépidation et en grandeur naturelle.
Débuts de Mlle Derblay. une excellente comique, et rentrée de M. Ouvrier et de Mlle Suzy. Ajouter à cela le merveilleux théâtre mécanique de M. John Hewelt et les Loreno et Le Var. Dimanche, matinée extraordinaire avec le Biographe Américain. John Hewelt, Loreno et Le Var et toute la troupe. 


La Petite Gironde, Bordeaux, 15 janvier 1898, p. 3.

Les séances se prolongent, au moins, jusqu'à la fin du mois de janvier 1898. Dans un nouvel article, on donne le sujet de quelques vues animées dont l'origine reste incertaine, même s'il semble que les vues présentées ne proviennent pas toutes du catalogue de l'American Mutoscope et Biograph Company :

Olympia.
Demain soir, le Biographe américain, dont le succès ne s’est pas ralenti un seul instant, donnera plusieurs vues nouvelles, parmi lesquelles une fabrique de saucissons à Francfort ; un déjeuner de garçon ; le même renversé (scène très comique) ; le cirque en feu, sauvetage des chevaux et voitures, et plusieurs autres extrêmement intéressantes.
Débuts de M. Smith, lauréat de l'Ecole militaire de Joinville, surnommé le Boa humain. Pour la première fois, " les Chapeaux " par les Forest, exercices de la galerie à la scène ; parodie exhilarante de Guillaume Tell par les mêmes.
Dimanche, matinée dédiée aux familles avec programme spécial, et pour la dernière fois en matinée, le Biographe américain, Smith et les Forest.
Tous les jours, à trois heures, séances du Biographe. Entrée, 1 fr. ; enfants, 50 centimes.


La Petite Gironde, Bordeaux, samedi 29 janvier 1898, p. 3.

Le Viograph américain (Place des Quinconces, 1er-[15] mars 1898)

La foire des Quinconces qui commence le 1er mars pour se terminer quinze jours après, accueille le viograph américain qui a dû s'installer dès le début des festivités. Le Viograph américain est probablement le projecteur d'Edmond Oger. Pourtant, la presse n'offre guère d'informations :

A partir de ce soir, le Viograph américain donnera une interessante série de nouveaux tableaux animés, représentant les diverses scènes de la Passion.


La Petite Gironde, Bordeaux, 13 mars 1898, p. 3.

Aucune information sur le forain propriétaire de l'appareil. Quant à la Passion, il en existe déjà plusieurs sur le marché.

Le Royal Viograph (Foire des Quinconces, 13->23 octobre 1898)

Le propriétaire du Royal Viograph, dont il est question dans la presse bordelaise, est probablement Edmond Oger. Il s'agit là de l'une de ses toutes premières présentations. Afin de s'attirer les faveurs de la presse et des responsables locaux, une séance privée est organisée le jeudi 13 octobre 1898 :

La Foire des Quinconces.
Laissant bien loin derrière lui le rudimentaire Cinématographe, le Royal-Viograph, qui donnera sa première représentation jeudi, à deux heures, est une merveille de reproductions à la lumière électrique. Plus de titillations visuelles, une exactitude scrupuleuse dans la reconstitution de l’histoire même la plus restropective, des effets merveilleux de coloriage, une variété incessante, telles sont les principales qualités du nouvel instrument. Qu’on y ajoute la beauté des sujets : la Passion, la Guerre hispano-américaine, une féerie éblouissante : Méphistophélès; six cents autres, et l’on comprendra combien seront goûtées et suivies à Bordeaux les représentations du Royal-Viograph, qui est installé à l'hémicycle. Ajoutons, pour tranquilliser chacun, que, par un système des plus ingénieux, il suffit de presser sur un bouton électrique pour qu'instantanément s’ouvrent les quinze portes de sortie que la direction a ménagées dans la salle. C'est donc un succès d’ores et déjà assuré.


La Petite Gironde, Bordeaux, jeudi 13 octobre 1898, p. 3.

Le lendemain, La Petite Gironde offre un bref compte rendu de la soirée :

Le Royal Viograph, qui, hier soir, conviait la presse et un grand nombre d’invités à assister dans l’intimité à son inauguration, est fort bien installé. Tous les perfectionnements qu’on a pu jusqu’à présent apporter à la cinématographie, les directeurs du Royal Viograph les ont accomplis. Le succès ne saurait manquer — il s'est déjà dessiné grand aujourd’hui — d’être très considérable. Les Scènes humoristiques, la Guerre hispano-américaine, la Maison hantée ou Méphistophélès, tous ces tableaux saisissants de vie seront longuement applaudis.


La Petite Gironde, Bordeaux, vendredi 14 octobre 1898, p. 3.

Les projections se poursuivent tout au long de la foire :

La ménagerie Bidet et le Royal-Viograph étaient littéralement pris d’assaut. De Bidel, nous avons dit tout le bien qu'il mérite.
Quant au Royal-Viograph, un bien coquet établissement installé à l’hémicycle, nous devons constater qu’il présente un spectacle exceptionnel, véritablement artistique et d’un goût parfait. On ne voit pas mieux, dans ce genre, à Paris. La Passion, Méphistophélès et toute une série de piquantes fantaisies sont rendus là avec une expression de vérité, de mouvement et de vie qui émerveillent les spectateurs.


La Petite Gironde, Bordeaux, 23 octobre 1898, p. 3. 

1899

1900

Le Royal Viograph (Théâtre des Arts, 21 mai-3 juin 1900)

Le Royal Viograph revient à Bordeaux, mais il reste difficile de savoir qui en est le responsable - peut-être Edmond Oger et/ou Constantin Daue. C'est en mai 1900 que les Bordelais peuvent assister à une nouvelle série de séances de projections animées. L'inauguration est annoncée au Théâtre des Arts :

Le Royal-Viograph au Théâtre des Arts. A partir de dimanche soir 20 mai, aura lieu sur cette scène une brillante série de représentations du Royal-Viograph, qui n est pas inconnu pour les Bordelais, mais qui nous revient d'Amérique avec des appareils Edison perfectionnés, permettant de produire des tableaux beaucoup plus grands et d’éviter toute trépidation.
Chaque spectacle durera de huit heures et demie à onze heures, et comprendra trois parties consacrées à la fantaisie, à l’actualité, à la féerie, entre autres : épisodes du Transvaal, Cendrillon, courses aux taureaux et toutes leurs péripéties, qui piqueront vivement la curiosité du public.


La Petite Gironde, Bordeaux, jeudi 17 mai 1900, p. 3. 

bordeaux theatre arts interieur

Panajou Ph., Bordeaux.-Salle du Théâtre des Arts (c. 1900)

Des problèmes liés à l'installation obligent toutefois la direction à renvoyer la première séance de quelques jours :

Le Royal Viograph au Théâtre des Arts.
Les nouveaux appareils employés par le Royal-Viograph nécessitant une installation électrique toute particulière d'une grande minutie et partant très longue, la direction, qui tient à offrir un spectacle tout à fait à point et d'une perfection absolue, se voit obligée de renvoyer sa première représentation à mercredi.


La Petite Gironde, Bordeaux, dimanche 20 mai 1900, p. 3.

Finalement, après un essai réalisé le lundi 21 mai, tout est en ordre de marche :

Le Royal-Viograph au Théâtre des Arts.
L’importante installation des appareils du Royal Viograph au Théâtre des Arts est maintenant complètement terminée et tout est réglé dans les moindres détails : musique, bruits de coulisses, explications qui accompagnent les tableaux. Les quelques personnes qui assistaient lundi soir aux premiers essais ont été absolument émerveillées et étonnées tant ce spectacle diffère de ce qui a été vu jusqu’à ce jour. Les gracieuses de Cendrillon, les tableaux tragiques de la guerre du Transvaal qui, pendant près d’une heure, vous transportent sur sur le terrain de la guerre parmi les vaillants combattants, la Course de Taureaux, Une Tempête en Mer. etc., sont des vues d'un intérêt palpitant qui obtiendront certainement un énorme succès auprès du public.
Rappelons que la première représentation aura lieu mercredi à huit heures et demie. Le spectacle se terminera à onze heures un quart.


La Petite Gironde, Bordeaux, mercredi 23 mai 1900, p. 3.

Un séance privée est organisée le mardi 22 mai qui donne lieu à un compte rendu détaillé de La Petite Gironde :

Le Royal Viograph.
" Le Royal Viograph ", qui a donné hier soir mercredi sa première représentation au Théâtre des Arts, offrait mardi une séance intime à la municipalité et à la presse de Bordeaux.
Cette séance a été des plus intéressantes, et a révélé des procédés de reproduction absolument nouveaux, et d’un perfectionnement qui donne l'illusion et les sensations de la réalité. Les divers tableaux d'un même sujet, reliés fort ingénieusement les uns aux autres, se prolongent sans interruption, et constituent de véritables actes dont quelques-uns captivent les spectateurs pendant plus d'une demi-heure. La soirée, coupée par deux courts entr'actes, se poursuit de huit heures et demie à onze heures et demie. Le Royal Viograph diffère donc absolument des spectacles du même genre que nous étions habitués à voir, et au cours desquels de courtes scènes passaient au milieu d’une trépidation fatigante.
Les numéros les plus curieux présentés par le Royal Viograph — en dehors de la charmante féerie Cendrillon, du professeur Frégoli, de la farce des cuisiniers et d’autres tableaux à transformations d'une étrangeté saisissante. — sont certainement : la Foire de Séville, avec ses danses andalouses et sa grand corrida où la course se déroule depuis le paseo jusqu’à la mise à mort du taureau par le célèbre matador Guerrita ; le Voyage en chemin de fer entre Brooklyn et Chicago, frappant de réalisme — on se croirait dans le train même, — et surtout les épisodes de la guerre du Transvaal.
Le spectateur suit, dans celte dernière partie. les troupes anglaises, depuis leur départ d'Angleterre, sur le transport, au Cap de Bonne Espérance, sur le champ de bataille, etc., etc., et passe ensuite à Prétoria et au camp boer... Qu'il nous suffise de dire que les " épisodes de la guerre du Transvaal " ne comprennent pas moins de soixante tableaux.
Ajoutons enfin que le premier opérateur de la Société du Royal Viograph, M. Urban, assistait mardi soir à cette représentation, et qu'il se propose de prendre demain jeudi la course de la Petite Gironde et la course de taureaux des arènes de la rue de la Benate [sic], dont les reproductions feront partie, la semaine prochaine, du spectacle du Royal Viograph au Théâtre des Arts.
Jeudi 24 mai, matinée à trois heures. Tous les soirs, représentation â huit heures et demie.


La Petite Gironde, Bordeaux, jeudi 24 mai 1900, p. 3.

Si le programme reprend des titres du répertoire du Royal Viograph, le plus significatif de l'article est l'annonce de la présente de Charles Urban, venu à Bordeaux tant pour l'inauguration de l'appareil que pour le tournagede deux vues la première la course de la Petite Gironde et la seconde, la course de taureaux aux arènes de la Benatte. Ce dernier film est présenté, quelques semaines plus tard, à Saint-Étienne. C'est finalement le mercredi 23 mai qu'a lieu la première séance publique :

Le Royal Viograph au Théâtre des Arts.
La première représentation donnée mercredi soir et la matinée de jeudi, quoique annoncée tardivement, avaient attiré un public nombreux au Théâtre des Arts. Les scènes de la Guerre au Transvaal, d’une si passionnante actualité, ont obtenu un énorme succès. Parmi celles-là signalons la plus émouvante, la Mort du colonel de Villebois Mareuil.
Tous les soirs,représentation A huit heures et demie. Dimanche, matinée à trois heures.


La Petite Gironde, Bordeaux, vendredi 25 mai 1900, p. 3.

Suivant en cela une pratique commerciale bien établie, les responsables du Royal-Viograph annoncent leur prochain départ :

Le Royal-Viograph au Théâtre des Arts.
En raison des brillants engagement qui l’appellent dans d'autres villes, le Royal Viograph se trouve dans l'obligation d’interrompre la série de ses représentations au Théâtre des Arts auront lieu mercredi soir, jeudi en matinée et jeudi soir. Les si curieux tableaux de la guerre au Transvaal attirent chaque soir un public nombreux au Théâtre des Ans.


La Petite Gironde, Bordeaux, mercredi 30 mai 1900, p. 3.

L'article publié le lendemain est très explicite sur l'effet que le prochain départ produit sur les Bordelais :

Le Royal Viograph au Théâtre des Arts.
L'annonce des dernières représentations a eu le don de provoquer une recrudescence d’affluence au Théâtre des Arts. Rappelons que jeudi le Royal-Viograph terminera la série de ses représentations à Bordeaux.
La matinée de jeudi, avec Cendrillon, la charmante fantaisie à nombreuses transformations et les tableaux si amusants si gais, qui figurent au programme, en même temps que les vues de la guerre au Transvaal, est un spectacle bien fait pour plaire aux enfants et aux familles.


La Petite Gironde, Bordeaux, jeudi 31 mai 1900, p. 3.

Et comme de bien entendu, les responsables des projections vont prolonger de quelques jours les projections au Théâtre des Arts : 

Le Royal-Viograph au Théâtre des Arts.
En raison du grand succès des dernières représentations, la direction pouvant encore disposer de quelques jours, a décidé de prolonger jusqu'à dimanche soir la série de ses représentations. Pour ces dernières soirées, le spectacle sera complètement modifié, exception faite cependant pour les si intéressants tableaux de la Guerre au Transvaal, la grosse attraction actuelle.
Parmi les nouveaux tableaux, signalons tout particulièrement le grand ballet d'Excelsior, d'une originalité et d'un effet merveilleux.
Les dernières représentations sont donc ainsi fixées : vendredi, samedi et dimanche soir, plus une matinée dimanche après midi, avec le même programme.


La Petite Gironde, Bordeaux, samedi 2 juin 1900, p. 3.

La dernière séance est finalement fixée au dimanche 3 juin :

Le Royal Viograph (Théâtre des Arts).
Le Royal Viograph est un spectacle absolument merveilleux, que tout le monde tient à avoir vu. Aussi nous rappelons aux personnes qui n'ont pas encore pu assister aux quelques représentations données au Théâtre des Arts que les deux dernières auront lieu irrévocablement dimanche, en matinée et en soirée, sans insister davantage sur l'intérêt de ce spectacle, ce qui serait inutile, citons quelques-unes des nouvelles vues qui figurent au programme : Le Jardin d'Acclimatation, Course de Yachts, le splendide Ballet d'Excelsior, Andrée au Pôle Nord, le Diable au Couvent, Trois Minutes à Londres, le Train, qui comprend une série de vues tout à fait surprenantes, et enfin le gros et inépuisable succès, la Guerre au Transvaal. Les représentations commenceront, en matinée, à trois heures, et le soir, à huit heures et demie.


La Petite Gironde, Bordeaux, dimanche 3 juin 1900, p. 3.

Le Royal-Viograph quitte Bordeaux dans les premiers jours du juin 1900.

1901

1902

Le Cinématographe du Grand restaurant du Louvre (21, cours de l'Intendance, [7] octobre 1896→ [1908])

J. Pérard, propriétaire du Restaurant du Louvre, situé au 21, cours de l'Intendance, propose, depuis 1896, en soirée des projections cinématographiques.

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L'Espérance, Blaye, 19 octobre 1902, p. 3 Cliché Terpereau, Grand Restaurant du Louvre

Pendant toute l'année, les annonces sont publiées dans les journaux régionaux.

1903

Le Royal Vio (Place des Quinconces, 28 février->9 mars 1903)

C'est à l'occasion de la foire de mars que Le Royal Vio s'installe, à la fin du mois de février 1903, sur la place des Quinconces : 

La foire de Mars
Le temps, qui depuis un mois était superbe, doux, invraisemblable, est devenu subitement mauvais dimanche, jour d'ouverture de notre foire de mars.
Jusqu'à deux heures de l'après-midi, le soleil avait brillé, chaud et caressant; soudain, vers deux heures et demie, le ciel s'est couvert de nuages, des tourbillons ont secoué l'air, soulevant sur toutes les places des rafales de poussière, et bientôt la pluie s'est mise à tomber.
Les promeneurs étaient venus nombreux sur les Quinconces; la belle esplanade n’a pas tardé à se vider : ou s'engouffrait dans les baraques, on se réfugiait sous les tentes des plus grandes loges, et les mamans s'entassaient, avec leurs bébés, dans le hall de la Bergere, que le mauvais temps a fait bénéficier ainsi d'un five o'clock inespéré. Durant plus d'une heure, on s'écrasait devant ou dans cet établissement.
La foire actuelle, nous l'avons dit, est presque toute aux cinématographes. La plus importante de ces installations, le Royal Vio, prise d assaut, a dû recourir à la police pour organiser un service d’ordre. Si l'on en excepte l'inoubliable musée Bonnefois, jamais théâtre ne fut couru au cours des foires précédentes comme le Royal Vio a commencé à l'être dimanche.
Ses directeurs avaient samedi soir, devant un nombreux public d'invités, donné une première représentation, une répétition générale. Sans interruption, pendant une heure, succédèrent les tableaux les plus variés, les plus intéressants que l'on puisse imaginer. Nous n’en citerons aucun, voulant laisser au public la surprise de ces merveilles, que tout le voudra aller applaudir.
Le programme du spectacle sera changé chaque jour.


La Petite Gironde, Bordeaux, lundi 2 mars 1903, p. 2.

Le Royal Vio est encore évoqué la semaine suivante (La Petite Gironde, Bordeaux, lundi 9 mars 1903, p. 2). On suppose qu'il reste jusqu'à la fin de la foire qui dure une quinzaine de jours.

bordeaux foire

 

M.D. Edit., Bordeaux-La Place des Quinconces pendant la Foire (c. p. circulée en août 1903)

 

1904

(Le Théâtre Scientifique Urania de Ferdinand Somogyi (Théâtre Saint-Paul, 25 décembre 1904)

Le Théâtre international scientifique Urania, propriété de Ferdinand Somogyi, effectue une importante tournée en France. Il propose une soirée, le 25 décembre, au Théâtre Saint-Paul :

Théâtre Saint-Paul.
Dimanche 25 décembre, deux représentations : matinée à trois heures, soirée à huit heures et demie, par le Théâtre scientifique Urania, dirigé par M. Somogyi, de Budapest. Projections polychromes et cinématographiques.


La Petite Gironde, Bordeaux, dimanche 25 décembre 1904, p. 3.

1905

1906

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BERNEAU P. et J., "Les débuts du spectacle cinématographique à Bordeaux, 1895, nº 4, Paris, juin 1988.

TIERCHANT Hélène, Aquitaine. 100 ans de Cinéma, Bordeaux, L'Horizon Chimérique/Centre Régional des Lettres d'Aquitaine, 1991, 238 p.