ROUEN

Jean-Claude SEGUIN

Rouen, chef lieu du département de Seine inférieure (auj. Seine maritime) (France), compte 112.352 habitants (1894).

1896

Le Cinématographe Lumière (Hôtel du Dauphin et d'Espagne, 25 avril-24 octobre 1896)

Les frères Lumière ont mis en place un système de concession pour la diffusion de leur cinématographe. À Rouen, ce sont M. Paul Lambin et Daniels qui sont les responsables : 

Le cinématographe à Rouen.- Tout le monde a entendu parler de ce merveilleux appareil de projection, une vraie lanterne magique animée, dû aux perfectionnements que Lumière et ses fils ont apportés au kinétoscope d’Edison. Pour se faire une idée de la vogue du cinématographe à Paris, nous n'avons qu'à dire qu'il réalise 3.000f. de recette nette en moyenne par jour. Le cinématographe fonctionne également à Lyon, à Marseille, à Nice, à Toulouse. Demain dimanche il fonctionnera à Rouen, place de la République, dans un local transformé à cet effet, au café de l'hôtel d’Espagne, par MM. Lambin et Daniels, les représentants de Lumière et fils dans notre ville. L'aménagement demande un soin spécial et des conditions topographiques spéciales. MM. Lambin el Daniels les ont trouvées là réunies à souhait et le cinématographe marchera avec la même régularité qu'au boulevard des Capucines. En face des spectateurs est placé un écran qu'éclaire uniquement, l'obscurité étant faite dans la salle, un projecteur puissant. Une photographie apparaît sur l'écran, celle des Pêcheurs, par exemple ; et aussitôt nous voyons sur la barque, balancée par les flots, des marins tirer à eux un filet dans lequel frétille le poisson, qu'ils enlèvent et jettent dans des mannes. À ce tableau en succède un second, les Bébés : deux enfants assis côte à côte mangent un gâteau ; l'un d'eux enlève la part de son petit camarade qui essaye de la reprendre et pleure de dépit de ne pouvoir y parvenir ; on les voit se démener, gesticuler, remuer ; il ne leur manque que la parole. C'est saisissant de réalité ; c'est la vie, l'action, le mouvement transportés par un prodige sur une toile. Le spectacle dure 20 minutes environ. Voici la liste des sujets qui seront les premiers offerts à la curiosité du public rouennais : Bataille de femmes, L'enfant et le chien, La chaudière, le Chaland, le Carnaval, La mule, La chèvre, Les pêcheurs, les Bébés, Le filet, le Débarcadère d'un bateau omnibus, le Départ en voiture. Nous aurons d'ailleurs à revenir sur ce spectacle, dont nous nous contentons pour aujourd'hui d'annoncer l'ouverture, et dont nous aurons certainement à enregistrer le succès qu'il obtiendra auprès des petits et surtout des grands enfants.


 Le Patriote de Normandie, nouvelliste de Rouen, Rouen, 25 avril 1896.

rouen hotel dauphin espagne

Rouen, Hôtel du Dauphin & d'Espagne (XIXe siècle)

Le Journal de Rouen lui aussi rend compte de ces premières séances :

Le Cinématographe a fait hier son apparition à Rouen, présenté par nos concitoyens MM. Paul Lambin et Daniels, dans un local place de la République, 4. On sait que cet ingénieux appareil, dû à MM. Lumière, de Lyon, fait défiler, projetées sur un écran, une succession de photographies prises à 1/15e de seconde d'intervalle, et se déroulant à une vitesse déterminée, de telle sorte que leur superposition produit sur la rétine de l'oeil l'effet de véritables scènes animées.
C'est la nature prise sur le vif ; mouvements, gestes, ombres, tout est reproduit comme si l'on avait devant soi la réalité, au lieu d'une image, ou plutôt d'une série d'images. Il ne manque aux personnages représentés que la parole, et on la devine sur leurs lèvres.
Les scènes représentées dans les deux séances qui ont eu lieu hier soir ont ravi les spectateurs. Le bébé qui fait des tas de sable et qui donne du sucre à son chien, le bateau-mouche qui aborde à l'embarcadère, et d'où descendent les passagers, retrouvant sur le quai des parents et des amis, le break qui va partir avec ses voyageurs, les chèvres dans un jardin, et les autres tableaux, sont d'un illusionisme achevé.


Le Journal de Rouen, Rouen, 26 avril 1896, p. 2.

Un compte rendu de la séance initiale est publié dans Le Petit Rouennais. On y retrouve les mêmes titres du catalogue Lumière : 

Le concessionnaire à Rouen du cinématographe Lumière avait convié hier soir un certain nombre d'invités à une séance des curieuses projections qu'on fait avec l'appareil inventé par MM. Lumière frères. On a de suite compris comment ces projections pouvaient faire courir tout Paris depuis plus de 4 mois sans que leur succès ne soit ralenti une minute. C'est en effet un spectacle des plus originaux dont on ne se lasse pas. Sur un écran des figures animées dans le mouvement exact de la nature donnent l'illusion absolue de la vie. Nous regrettons que le manque de place ne nous permette pas de nous étendre davantage sur cette intéressante séance ; mais nous tenons à dire que les tableaux qui s'appellent : "Enfant et chien", "Bataille de dames", "Les pêcheurs", "Jeux de bébé", le "Départ en voiture",  la "Descente du bateau-mouche", "Les chèvres", "Le chaland", etc., etc., sont d'une vérité de mouvement et d'expression dans les physionomies qui stupéfie et charme à la fois. Nous pouvons prédire au cinématographe installé dans l'ancien café de l'hôtel d'Espagne, place de la République, un succès égal à celui de I'appareil qui fonctionne à Paris.


Le Petit Rouennais, Rouen, 26 avril 1896. 

On doit au Travailleur normand l'article le plus long sur le cinématographe. Le texte au ton enflammé donne malgré tout une bonne idée de la réception de la nouvelle invention :

UN JOUJOU MERVEILLEUX LE CINÉMATOGRAPHE
Depuis quelques jours, Rouen possède la huitième merveille et ne semble pas s'en douter. Rassurez-vous, Il ne s'agit ni d'un nouveau Comité électoral, ni d'un candidat inédit, non estampillé, contrôlé et poinçonné par les différentes fabriques à conseillers municipaux. Il s'agit tout simplement de la prodigieuse invention des frères Lumière, de Lyon, le Cinématographe, qui, après avoir fait courir tout Paris, est en train de dérouler sa fantasmagorie hallucinatoire, devant les Rouennais, qui, tous les jours, peuvent le voir dans un grand local de la Place de la République, où il est installé.
On s'y presse et on s'y bouscule, et l'Exposition de Rouen qui recherche toutes les attractions et ne veut en omettre aucune, a déjà retenu le nouveau prodige. Seulement il portera un nom encore plus barbare, mais qu'importe ! Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse.
Au demeurant, cet engouement s'explique et se justifie à merveille, Pour la foule, pour le public, un tableau c'est quelque chose de froid, d'inanimé, de figé. C'est le tumulte le mouvement, l'action des gestes les plus remuants, arrêtés pour ainsi dire par la volonté de l'artiste, en un moment déterminé. C'est le traditionnel « Ne bougeons plus du photographe ! »
Mais, figurez-vous que brusquement, de lui-même, comme sous l'action d'une baguette magique, le tableau frémisse, s'anime et vive au point de donner l'illusion saisissante de multitudes qui grouillent et se bousculent ; de voitures roulant à fond de train, de locomotives sifflant, soufflant, crachant et filant comme l'éclair ; de gens qui se battent ou s'embrassent; d'enfants qui jouent ; de baigneurs qui plongent au milieu de l'écroulement des vagues – ne serait-ce pas le plus extraordinaire spectacle qu'on puisse rêver ?
Vous avez deviné, n'est-ce pas que le cinématographe n'est qu'une application do la photographie instantanée, permettant de saisir la marche de certains phénomènes trop rapides pour tomber directement sous l'observation visuelle et d'en percevoir le mécanisme ?
Supposez qu'on prenne une série d'épreuves instantanées, représentant toutes les attitudes et les positions successives, d'un cheval qui court, d'un chat qui tombe par une fendre, comme l'a fait M. Marey, d'un forgeron battant le fer, de la mer déferlant sur des rochers. Supposez qu'on les fasse passer tour à tour devant les yeux du spectateur.
Que va-t-il arriver ?
SI le déroulement est très rapide, il se passera ce qu'il advient dans la nature. Les différents et successifs mouvements du cheval qui galope, du chat tombant, du forgeron frappant sur l'enclume, seront trop précipités pour pouvoir être discernés et il ne subsistera qu'une image moyenne, telle que notre œil la perçoit habituellement, avec la sensation du mouvement et de la vie.
Et voilà comment le cinématographe, nous montre, dans un coin de l'ancien café de l’Hôtel d'Espagne, un bateau-mouche filant sur la Seine, à toute vapeur ; le Départ en voiture ; les Jeux des Bébés ; les Pécheurs ; la Bataille de Dames ; les Chèvres ; et l'enfant, qui joue avec un chien bondissant autour de lui. Suivant un mot de Fontenelle : « c'est la nature même prise sur le fait ! »
Sans décrire l'ingénieux appareil des inventeurs français, qui ont su vaincre toutes les difficultés, on peut dire qu'il est basé sur un déroulement rapide de la série des photographies instantanées.
Qu'il nous suffise de dire que les bandes pelliculaires sensibles, enroulées sur des tambours, sont larges seulement de trois centimètres sur une longueur de quinze mètres.
Qu'il nous suffise de noter, que chaque période de mouvement dure environ 1/15 de seconde, de sorte que chaque Image est obtenue en 1/50 de pose et qu'on en produit une à chaque 1/15 de seconde, ce qui fait 900 photographies à la minute !
Comme on peut le voir, il est aussi facile de ralentir le mouvement, que de l'accélérer, et le spectacle est alors peut être encore plus curieux et plus vivement intéressant.
Et pourtant ce spectacle qui enfonce à tout jamais la lanterne magique du Père Kircher, ce spectacle qui semble toucher à la sorcellerie, est à la disposition de tout le monde : pour quelques centimes. Il n’est après tout que le perfectionnement très étudié de ces jouets d’enfant, le praxinoscope, ou encore le zootrope, dû à Plateau, basés sur la persistance des impressions rétiniennes, pendant que défilaient à la lumière de la lampe une série d’images sur une roue, dont le mouvement rapide reconstituait les gestes.
Tout le monde a également vu et admiré le Kinétoscope d'Edison , le sorcier de Mungo-Parck [sic] ; mais il restait un pas à franchir. Ces appareils ne permettaient la synthèse du mouvement que pour un seul spectateur à la fois. Il restait à les perfectionner, afin de pouvoir faire jouir des scènes reproduites, tout le public d'une salle. C'est ce qu'ont obtenu les frères Lumière avec l'émerveillante invention du Cinématographe, cet appareil qui permet de projeter sur un écran des scènes animées, pendant un laps de temps qui va jusqu'à une minute et qui sert en même temps à obtenir les images négatives et positives.
La supériorité de l'invention française sur l'appareil américain, est, du reste, incontestable. Non seulement, en effet, Edison ne permettait qu'à un seul spectateur d'assister à la reconstitution du mouvement, mais la reproduction de ces scènes ainsi reconstituées ne pouvait que se dérouler sur un éternel fonds noir, sous une très faible profondeur, Avec l'appareil des frères Lumière, on peut, au contraire, projeter sur l'écran la reproduction des scènes animées, durant une minute sur une profondeur illimitée et se déroulant sur un fonds quelconque : route, rue, bois, fleuve…
L'observateur, a toujours le sentiment du mouvement et de la vie, mais une sensation sériée, de telle sorte que le mouvement lui apparaît avec toutes ses phases successives, tel qu'il s'opère en réalité dans la nature, sans que notre œil ne puis arriver à le percevoir. On voit comment, par exemple, le coureur remue les jambes, comment le vainqueur des Jeux Olympiques, le coureur de Marathon a pu enlever le prix, comment le cheval galope… Et il est à croire que cette observation nouvelle, changera sur bien des points notre ordinaire esthétique.
Déjà, du reste, le colonel Du Housset, a ainsi analysé les mouvements du cheval : Marey, les mouvements de l'homme, le vol des oiseaux. M. Albert Londe a également appliqué cette photographie instantanée aux sciences médicales et M. Demény a montré un appareil reproduisant le mouvement photographié des lèvres d'un homme parlant, d'une perfection si parfaite qu'un sourd-muet a pu lire ainsi la phrase prononcée. Ne parle t'on point maintenant de se rendre ainsi compte de la croissance successive d'une plante, depuis le moment où sa tige sort de terre, jusqu'à l'instant où la fleur s'épanouit ? Le miracle serait aussi surprenant que celui des Fakirs, faisant instantanément pousser des grains de blé, sous leurs mystérieuses incantations.
Mais, où certainement le cinématographe, trouvera son application, ce sera dans la décoration théâtrale. Au lieu de ces apparitions, toujours ratées telles par exemple que les tableaux d’Esclarmonde, ou La chevauchée s Walkyries, combien il sera plus facile, de projeter sur la toile de fonds, ces scènes mêmes, animées par une vie rapide et mystérieuse.
Que ne peut-on attendre, en fin de compte des découvertes de la science moderne et surtout de cette science si purement française de la photographie, l'une des plus miraculeuses r Mais n'est ce point aussi matière à philosopher que de songer, que l'invention des frères Lumière, tire son principe d'un simple jouet d'enfant et que ce qui émerveille aujourd'hui les grands a commencé par amuser les petits ?
Jean Mesnil.


Le Travailleur normand, Rouen, 3 mai 1896, p. 3.

Dans les premiers jours de mai, les concessionnaires décident de modifier le prix d'entrée pour des raisons que l'on ignore :

CINÉMATOGRAPHE
(Photographies animées). Tous les jours, de 10 h. 1/2 m. à 10 h. s., pl. de la République, 4.
Désireuse de mettre ce grand Succès à la portée de tous, la direction a installé, dès aujourd'hui, un pourtout à 50 c.
Entrée: 1 fr.; -Pourtout, 50 cent.


Le Journal de Rouen, Rouen, 6 mai 1896, p. 3.

Parmi toutes les vues qui sont présentées, celles du couronnement du tsar constituent sans doute le clou des représentations tant par leur intérêt d'actualité comme par leur nombre comme en atteste le suivant article :

Le cinématographe fait accomplir en ce moment à ses visiteurs un merveilleux voyage en Russie. Les Fêtes du couronnement du tsar se déroulent sous les yeux des spectateurs en 6 tableaux d'une vérité et d'un mouvement saisissant. C'est d'abord le "Défilé des députés asiatiques", puis l'"Ambassade coréenne", puis le "Défilé des dames d'honneur", voici "Le tsar et la tsarine se rendant au sacre", les voici au moment de leur "Entrée dans l'église de l'Assomption", les voici enfin "après le sacre". Ces tableaux d'une intensité extraordinaire, ne peuvent manquer d'attirer la foule place de la République. On voit là le tsar et la tsarine mieux certainement que n'ont pu le voir la plupart des personnages qui ont assisté aux fêtes russes.


Le Patriote de Normandie, nouvelliste de Rouen, 6 juillet 1896.

Les séances vont se poursuivre pendant de longues semaines jusqu'au 24 octobre 1896. 

Répertoire (autres titres) : La place de la bourse à Marseille (Le Rouen industriel et financier, Rouen, 26 avril 1896), Le JardinierUne séance d'escrime (Le Patriote de Normandie, Nouvelliste de Rouen, 6 mai 1896), Bains de mer, Le Chemin de ferPartie de tric-trac, Le Régiment de ligne (Le Journal de Rouen, Rouen, 17 mai 1896), p. 2), Les TuileriesBarque en merForgeronDéfilé du 96e de ligne (Le Patriote de NormandieNouvelliste de Rouen, Rouen, 24 mai 1896), L'Abreuvoir, Les Mauvaises HerbesLa Démolition d'un murLe PhotographeLa Dispute (Le Petit Rouennais, Rouen, 9 juin 1896), Les Arabes à l'Exposition de Lyon (d'un mouvement extraordinaire), Une charge du 7e cuirassiers (une toile de Meissonnier qui serait animée) ; Sur la place du Lac, à Genève (une prise en plein après-midi ensoleillée au moment du va-et-vient de la foule, pendant que circulent les cars électriques et les voitures de place), Le Maréchal-ferrantLe Couronnement du tsar (d'une patriotique actualité) ; La Destruction des mauvaises herbes (superbe paysage) ; Le Repas de bébé (Scène amusante au possible) (Le Patriote de Normandie, Nouvelliste de Rouen, Rouen, 21 juin 1896), Défilé des voitures de gala au couronnement du tsarLes Tramways de Genève (Le Petit Rouennais, Rouen, 25 juin 1896), Tsar entrant au KremlinAmbassade française à MoscouChefs tartaresDisputes de bébéHallebardiers de la reine à MadridPuerta del sol. MadridVélocipèdes militaires espagnolsExercices de tir par l'artillerie espagnole (Le Rouen industriel et financier, 30 juillet 1896), Charge de lanciersArrivée en voitureJury de peintureTigres au jardin zoologiqueDanseuses des ruesCharcuterie mécanique (Le Petit Rouennais, Rouen, 23 août 1896), Charge des lanciers de la reine. MadridBains froids à Milan (Le Rouen industriel et financier, Rouen, 27 août 1896), Arrivée du train en gare, Water Toboggan (Genève)Cyclistes et cavaliersRochers de la Vierge (Biarritz)Dispute de bébésSaut à la couvertureSerpent (Le Rouen industriel et financier, Rouen, 10 septembre 1896), Champs-ÉlyséesCuirassiers en fourrageursUn prêté pour un rendu (Le Rouen industriel et financier, Rouen, 17 septembre 1896).

Le Phototachygraphe Sanson (Parc Lizé, <26 avril 1896)

C'est à l'occasion de l'Exposition de Rouen de 1896 (16 mai-8 octobre 1896) que Raoul Grimoin-Sanson va présenter son phototachygraphe. Le Journal de Rouen  offre quelques informations sur ce nouvel appareil :

Tout à côté, et nous ramenant à la civilisation européenne, on voit le pavillon des "couveuses d'enfants", près duquel se trouvera le Cinématographe, cette merveilleuse lanterne magique qui est la curiosité scientifique du jour. L'appareil qui figurera ainsi à l'Exposition n'est point celui de MM. Lumière, les célèbres photographes-constructeurs lyonnais, que MM. Lambin et Daniels exhibent en ce moment place de la République, c'est un autre modèle présenté par M. Simon. Tous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux dit le vers-proverbe; et ce sera là un spectacle amusant pour les enfants et pour les grandes personnes.
Le Cinématographe sera installé sous la galerie extérieure de la grande façade; ce promenoir aéré, que l'on borde d'une balustrade ajourée en menuiserie, va bientôt se garnir d'expositions diverses: deux brasseries, un bureau de tabac, etc., sans parler du buffet pour le service de la salle des fêtes , et qui se trouve naturellement vers le boulevard Gambetta.


Le Journal de Rouen, Rouen, 26 avril 1896, p. 2.

La presse, pourtant, ne va presque plus s'intéresser à l'invention de Grimoin-Sanson. La présence du phototachygraphe est confirmée par un autre journal :

Kermesse.-Favorisée par un temps splendide, la kermesse qui a eu lieu dimanche et lundi dans le magnifique parc Lizé a obtenu un plein succès.
Dimanche, la foule des promeneurs n'a cessé de visiter les divers établissements si bien tenus par nos citoyens et citoyennes. Aussi la recette a dû être fructueuse.
[...]
Le Phototachygaphe, de Raoul Samson.


Le Travailleur normand, Rouen, 17 mai 1896, p. 3.

Vers la fin du mois de juillet, Le Nouvelliste de Rouen, publie un article où sont évoquées des vues locales :

Le Phototachygraphe de l'Exposition vient d'ajouter à sa collection trois vues locales représentant : " les enfants du village nègre cherchant des sous dans l'eau ", " la place de la République en pleine activité " et, enfin " le défilé des Sociétés de Gymnastique ", lors du dernier concours. On voit d'abord passer la Fanfare rouennaise juste au moment où les musiciens embouchent leur instrument pour attaquer un pas redoublé ; vient ensuite tout un groupe d'amateurs qui s'est mêlé au défilé et au milieu duquel s'aperçoit très distinctement un Rouennais... du midi à qui son abondante chevelure permet de se promener tête nue sous le soleil le plus ardent. C'est enfin la théorie des gymnastes marquant le pas. On lit très bien sur un écriteau le mot " Avant-Garde " de même qu'on reconnaît, sans méprise possible, le commissaire de police qui tient la foule en respect.


Le Nouvelliste de Rouen, Rouen, 30 juillet 1896.

Photographie animées (143, rue de la République, amphithéâtre de physique, 12 mai 1896)

À l'occasion d'une séance du Photo-Club Rouennais, des projections de photographies animées sont organisées :

Photo-Club Rouennais
Ce soir mardi 12, à huit heures et demie, à l'Amphithéâtre de Physique, rue de la République, 143, séance du Photo-Club.
Programme:
1º Expériences et projections sur la photographie.
2º Quelques tranches de Rouen;
3º Projections diverses;
4º Projections de photographies animées par l'inventeur de l'appareil.


Le Journal de Rouen, Rouen, 12 mai 1896, p. 3.

Si l'article ne dit rien de l'appareil ni de l'inventeur, on peut légitimement penser que les projections sont effectuées sous la responsabilité de Raoul Grimoin-Sanson. Un autre journal apporte quelques informations complémentaires :

La séance donnée hier soir, à l'amphithéâtre de physique par le Photo Club Rouennais, a été des plus intéressantes. Les curieuses expériences sur la photographie des corps opaques ; l'intermède amusant intitulé : Quelques tranches de Rouen au succès duquel M. Ricard a collaboré, sans le savoir, dans un instantané le représentant sortant de l'école Marie Houdmard un jour de vote ; les projections de photographies animées qui rappellent plutôt le kinétoscope que le cinématographe, tout cela constituait une séance pleine d'attrait.Le public, très nombreux, a beaucoup applaudi.


Le Nouvelliste de Rouen, Rouen, 13 mai 1896.

1897

1898

Le Théâtre Électrique Grenier (Boulevard Beauvoisine, 24 octobre-[23] novembre 1898)

L'importante foire de Saint-Romain qui dure un mois attire de nombreux forains et l'attribution des places est un véritable enjeu. Ernest Grenier va donc s'installer boulevard Beauvoisine:

Foire Saint-Romain.-Il a été procédé en l'Hôtel de Ville, sous la direction de M. le commissaire central, au tirage au sort des emplacements affectés sur la contre-allée nord des boulevards Beauvoisine et Saint-Hilaire et sur le Boulingrin, à l'installation des théâtres ménagerie, musées, panoramas et exhibitions inscrits pour la foire Saint-Romain.
Voici les places qui ont été désignées :
Grands théâtres.-Boulevard Beauvoisine.-[...] Grenier, théâtre électrique...


Le Travailleur normand, Rouen, 2 octobre 1898, p. 2.

1899

Le Cinématographe et l'American Biograph de Théâtre Electrique Grenier (Boulevard Beauvoisine, 22 octobre-26 novembre 1899)

Le banquiste Ernest Grenier présente depuis plusieurs années des appareils cinématographiques. Il revient à la foire de Saint-Romain, en octobre 1899, pour une nouvelle saison :

La Foire Saint-Romain
Au milieu du bruit des marteaux et du grincement des scies, les forains ont poussé depuis deux jours leurs préparatifs avec une activité fiévreuse, travaillant jusqu'à une heure avancée de la nuit et recommençant dès l'aube.
Il ne semble pas que de la place Beauvoisine au boulevard Saint-Hilaire il y ait une place vide dans la partie réservée aux théâtres, spectacles et amusements divers.
Ce sera chose rare de voir tous les établissements inscrits pour prendre part à la foire Saint-Romain présents avant même la date officielle d'ouverture. Mais cette date tombant un lundi, et la municipalité ayant autorisé les loges dont les installations seront prêtes à ouvrir dès aujourd'hui, tout le monde a voulu profiter de cette autorisation.
[...]
Le Palais de Cristal, spectacle nouveau pour les Rouennais, les enchantera, nous dit-on, et les Cinématographes Grenier et Lumière se réservent d'étonner les spectateurs par la perfection de leurs scènes animées...


Le Journal de Rouen, Rouen, 22 octobre 1899, p. 2.

Le succès semble au rendez-vous sur le Boulingrin :

La Foire Saint-Romain
[...]
Les cinématographes font florès cette année ; celui du Boulingrin a ajouté à son programme un certain nombre de tableaux de la Passion ; chez Grenier, on s'intéresse aussi bien aux scènes animées qu'aux expériences des rayons X.


Le Journal de Rouen, Rouen, 6 novembre 1899, p. 2. 

Vers la fin de la foire, le théâtre d'Ernest Grenier intègre un nouvel appareil cinématographique, l'American Biograph de la Biograph and Mutoscope Company sans doute présenté par Eugène Lauste dont on sait qu'il s'en occupe quelques jours plus tard :

Pour cette dernière semaine, le théâtre électrique Grenier offre aux Rouennais le spectacle de l'American Biograph, un cinématographe perfectionné qui ne manquera pas d'attirer encore dans ce théâtre de nombreux visiteurs.
Tout à côté, le cinématographe installé dans l'ancienne loge de la fileuse de verre, nous a offert l'arrivée à Rouen du général Gallimard.


Le Journal de Rouen, Rouen, 20 novembre 1899, p. 2.

Les séances se prolongent jusqu'à la fin de la fois, vers la fin du mois de novembre.

Le Nouveau Cinématographe Lumière (Boulevard Beauvoisine, 22 octobre-26 novembre 1899)

Le Nouveau Cinématographe Lumière, dont la directrice est la "fileuse de verre", une foraine qui tourne depuis plusieurs années, de la famille Couderat, propose dès le début de la foire, des vues animées :

La Foire Saint-Romain
Au milieu du bruit des marteaux et du grincement des scies, les forains ont poussé depuis deux jours leurs préparatifs avec une activité fiévreuse, travaillant jusqu'à une heure avancée de la nuit et recommençant dès l'aube.
Il ne semble pas que de la place Beauvoisine au boulevard Saint-Hilaire il y ait une place vide dans la partie réservée aux théâtres, spectacles et amusements divers.
Ce sera chose rare de voir tous les établissements inscrits pour prendre part à la foire Saint-Romain présents avant même la date officielle d'ouverture. Mais cette date tombant un lundi, et la municipalité ayant autorisé les loges dont les installations seront prêtes à ouvrir dès aujourd'hui, tout le monde a voulu profiter de cette autorisation.
[...]
Le Palais de Cristal, spectacle nouveau pour les Rouennais, les enchantera, nous dit-on, et les Cinématographes Grenier et Lumière se réservent d'étonner les spectateurs par la perfection de leurs scènes animées...


Le Journal de Rouen, Rouen, 22 octobre 1899, p. 2.

La fileuse de verre - sans doute bien connue des Rouennais de l'époque - fait vite parler d'elle dans la presse :

rouen saint romain 1899 cinematographe 04

Le Journal de Rouen, Rouen, 24 octobre 1899, p. 3.

Grâce à une affichette conservée et un encart, nous connaissons quelques premiers films du répertoire dont on peut dire qu'ils jouent sur le sensationnalisme comme Le Combat d'un "lion" et d'un "taureau". L'encart souligne tout à la fois la qualité des vues présentées, mais également leur valeur morale.

rouen saint romain 1899 cinematographe 05 rouen saint romain 1899 cinematographe
Le Journal de Rouen, Rouen, 4 novembre 1899, p. 3. Le Nouveau Cinématographe Lumière,
27,5 x 22,5 cm, 1899

Le succès du cinématographe ne semble pas contestable si l'on se fit aux entrefilets publiés dans la presse :

La Foire Saint-Romain
[...]
Les cinématographes font florès cette année ; celui du Boulingrin a ajouté à son programme un certain nombre de tableaux de la Passion ; chez Grenier, on s'intéresse aussi bien aux scènes animées qu'aux expériences des rayons X.


Le Journal de Rouen, Rouen, 6 novembre 1899, p. 2.

Ce qui fait l'originalité de ce "nouveau cinématographe Lumière", c'est qu'il propose aux spectateurs des vues animées locales, une pratique toujours bien reçue par les spectateurs. La présentation de vues de Felix Faure vivant est assez surprenante alors que le président est décédé en février et que le Grand Biograph propose de son côté ses funérailles.

rouen saint romain 1899 cinematographe 02 rouen saint romain 1899 cinematographe 03
Le Journal de Rouen, Rouen,
mardi 14 novembre 1899, p. 3.
Le Journal de Rouen, Rouen,
22 novembre 1899, p. 3.

Le cinématographe Lumière de la fileuse de verre reste à Rouen jusqu'à la fin de la foire de la Saint-Romain.

Répertoire (autres films) : La vie de Jésus en 12 tableaux, Sorties d'église, Processions, Les Courses de taureaux aux arènes romaines de Nìmes, Le Combat d'un "lion" et d'un "taureau" aux arènes de Roubaix (scènes des plus sensationnelles) (Le nouveau cinématographe Lumière, affiche, octobre 1899), Descente du cimetière monumental par les sociétés patriotiques (le jour de la Toussaint), F. Faure vivant (dans plusieurs circonstances historiques), L'arrivée à Rouen du général Gallimard et son escorte (Le Journal de Rouen, Rouen, 14 novembre 1899, p. 3).

Le Grand Biographe (Le Boulingrin, 22 octobre-26 novembre 1899)

Le Grand Biographe est un appareil cinématographique qui s'installe sur le Boulingrin pour la foire de la Saint-Romain dont on connaît peu de choses. Au programme, il y a des vues locales :

La foire Saint-Romain
[...]
Sur le Boulingrin on ira voir avec intérêt et plaisir le Grand Biographe qui, sous les yeux émerveillés des spectateurs fait défiler toute une série de vues cinématographiques, dont quelques-unes fort amusantes; parmi celles-là, des scènes animées locales, telles que le départ d'un tramway place de l'Hôtel-de-Ville, ou la descente des voyageurs du transbordeur.


Le Journal de Rouen, Rouen, 23 octobre 1899, p. 2

Il y a également un course de taureau tournée à Séville :

Tout à côté, le Grand Biographe vient de changer ses vues cinématographiques; il fait assister maintenant à une course de taureaux à Séville, aux obsèques de M. Félix Faure, à des scènes de genre très joliment prises.


Le Journal de Rouen, Rouen, 30 octobre 1899, p. 2.

Le Grand Biographe reste sans doute jusqu'à la fin de la foire.

The American Biograph (L'Oeuvre des vieux vêtements, novembre 1899)

The American Biograph prolonge quelque peu son séjour à Rouen afin de participer à une séance exceptionnelle au bénéfice de l'Oeuvres des Vieux Vêtements :

L'Oeuvre des Vieux Vêtements
Les propriétaires de "The American Biograph", dont le succès à la foire Saint-Romain a été très vif, ont spontanément offert au comité de l'Oeuvre des Vieux Vêtements, de donner gracieusement, au profit de cette oeuvre essentiellement humanitaire, une représentation des diverses attractions que comporte ce genre de spectacle.
Cette représentation aura lieu mardi prochain à huit heures et demie du soir, dans la grande salle de l'Hôtel-de-Ville, avec le concours de la Musique Municipale. Elle rencontrera, nous en sommes convaincus, un favorable accueil auprès du public.


Journal du Rouen, Rouen, dimanche 26 novembre 1899, p. 1.

Grâce à un nouvel article, nous savons que l'opérateur de l'appareil est Eugène Lauste, directeur du laboratoire de la société, situé à Courbevoie :

C'est ce soir, mardi, à huit heures et demie, que doit avoir lieu, dans la grande salle de l'Hôtel-de-Ville de Rouen, la séance gracieusement offerte, au profit de l'Oeuvre des Vieux Vêtements, par M. Grenier, propriétaire-directeur du Théâtre Electrique et la direction de The Biograph and Mutoscope Cº, dont les représentations ont obtenu un énorme succès aux Folies-Bergère de Paris.
La musique municipale prêtera son concours à cette soirée des plus intéressantes, qui commencera à huit heures et demie. (Les portes ouvriront à sept heures trois quarts.)
Voici le programme de la séance que dirigeront personnellement M. Grenier et M. E. Lauste, ingénieur, directeur du laboratoire de la Compagnie, ex-assistant du célèbre Edison:
1º Ouverture par la Musique municipale; 2º séance des rayons X; 3º démonstration des tubes de Geisler; 4º le caméléon fin de siècle; 5º la matelotte dansée par Mme Grenier; 6º musique; 7º the american biograph; 8º les visions d'art; 9ºle Stentor; 10º la photographie des couleurs, de Lumière; 11º projections d'actualité; 12º danse serpentine.


Le Journal de Rouen, Rouen, 28 novembre 1899, p. 2.

Le Cinématographe (Hôtel de France, 17-31 décembre 1899) → 1900)

Le propriétaire de l'hôtel de France, M. Beunardeau a l'idée d'installer un cinématographe dans ses salons. L'inauguration est annoncée pour le dimanche 17 décembre 1899 :

LE CINÉMATOGRAPHE est à la mode, il a détrôné la lanterne magique. Avec lui, un panorama n'a plus seulement la séduction des lignes ; il a l'animation, la réalité du mouvement. Avec lui, on passe une heure à suivre des yeux le sillage mouvant du bateau qui fuit sur l'onde, le train qui arrive comme l'éclair dans un grossissement progressif si fidèle qu'on croit entendre son roulement ; le défilé du régiment devant la foule qui se déplace à sa suite ; les jeux, etc. ; bref, toute la vie en action.
C'est le plus varié et le plus passionnant des spectacles. Il n'en est point de plus distrayant pour les enfants et leurs parents à la fois ; point de meilleur pour passer agréablement une après-midi.
Aussi, est-ce une heureuse idée qu'a eue M. Beunardeau, le propriétaire de l'Hôtel de France, d'organiser dans son bel établissement, rue des Carmes, 85, une série de séances de cinématographe, où l'un des principaux spécialistes de Paris fera défiler devant les yeux des spectateurs toutes les actualités du jour, scènes locales et de l'extérieur.
Ces séances auront lieu habituellement les jeudis et dimanches après-midi, dans la salle des conférences.
Ce sera le rendez-vous des familles.
Dimanche prochain, inauguration des séances à 3 h. et à 4 h 1/2. Prix d'entrée : 50 cent.


Le Journal de Rouen, Rouen, vendredi 15 décembre 1899, p. 3.

Un long article rend compte de cette première séance en offrant quelques titres du répertoire :

Le cinématographe est à la mode ; on a pu en juger à la dernière foire Saint-Romain où trois établissements, présentant des vues animées, ont fait, malgré la concurrence, de superbes affaires.
Le succès de ce genre de spectacles est loin d'être épuisé, aussi ne peut-on qu'applaudir à l'idée qu'a eue le propriétaire de l'Hôtel de France de donner chaque dimanche des séances de cinématographe dans sa grande salle des fêtes.
En ces tristes journées d'hiver, où privés des jeux en plein air et des longues promenades à la campagne, les enfants doivent être confinés dans les appartements, ce sera là pour eux une distraction toute trouvée.
Le nombreux public enfantin qui assistait hier, surtout à la première séance, a montré par ses éclats de rire et ses applaudissements quel plaisir il prenait à voir défiler sur l'écran certaines scènes très réussies, comme la danse serpentine de Mme Bob Walter, la baignade de chevaux d'un régiment de cavalerie, la toilette de bébé, les mésaventures d'une pipelette, la charge à la baïonnette d'une compagnie d'infanterie, la Mouche d'or, etc. Comme scènes locales, citons le débarquement des voyageurs du pont à transbordeur et le passage de tramways sur la place de la République.
Entre chacune de ces scènes animées, ont été projetés des positifs photographiques, dont quelques-uns étaient de véritables oeuvres d'art, tant par la nature du sujet choisi que par la perfection d'exécution du cliché ; telles étaient des vues de monuments rouennais, des sous-bois, des bords de Seine, notamment aux environs de Saint-Andrieu.
On a beaucoup admiré ces divers clichés. Ce n'est pas à dire cependant que tout ait été parfait en ces deux premières séances ; il fallait naturellement compter avec les tâtonnements et les à-coups inévitables à tous débuts.
C'est ainsi qu'on s'est aperçu, hier, que la lanterne placée sur la scène ne laissait pas assez de champ à l'image projetée ; aussi, s'est-on décidé à l'installer, dans l'avenir, au fond de la salle, sous la galerie ; de là, il sera possible de donner aux projections toute l'ampleur désirable.
Grâce à ces perfectionnements, ce spectacle sera de tous points attrayant, et on peut compter que, les projections étant changées aussi souvent que possible pour en varier l'intérêt, la grande salle des fêtes de l'Hôtel de France va devenir pour les familles un but de réunion dominicale.


Journal de Rouen, Rouen, lundi 18 décembre 1899, p. 2.

En ce qui concerne les vues animées identifiables, elles appartiennent au catalogue Gaumont. Pour ce qui est des deux vues locales, elles ont des sujets équivalents à celles présentées quelques semaines plus tôt au Grand Biographe, à l'occasion de la foire Saint-Romain. L'origine pourrait être la même. Par la suite, les informations restent très limitées et discontinues.

1900

1900

1899 ← Le Cinématographe (Hôtel de France, 01 janvier ->4 février 1900)

Les séances de cinématographe organisées dans l'Hôtel de France se prolongent au cours des premières semaines de l'année 1900 :

HOTEL DE FRANCE, à 3 h. et 4 h 1/2, Cinématographe.


Le Journal de Rouen, Rouen, 1er janvier 1900, p. 3.

Encore en février, le cinématographe est annoncé :

HOTEL DE FRANCE, à 3 h. et à 4 h. 1/2, Cinématographe.


Le Journal de Rouen, Rouen, 4 février 1900)}

Le Royal Viograph de Constantin Daue et Cyprien Lacabane (Cirque de Rouen, 2 février-7 mars 1900)

En provenance de Troyes, le Royal Viograph est annoncé dans la presse dans les derniers jours du mois de janvier 1900 : 

CIRQUE DE ROUEN
"The Royal Viograph"
sous peu de jours, on verra au Cirque le très intéressant spectacle donné par le Royal Viograph, spectacle encore inédit à Rouen, qui comporte une série considérable de tableaux aux dimensions respectables et qui diffèrent en cela des cinématographes nombreux que l'on connaît.
Parmi ces tableaux: un grand voyage entre New-York et Chicago, avec tous ses panoramas qui se dérouleront pendant une durée de 15 minutes. La Féerie de Méphistophélès, qui dure 10 minutes, présentera à ses transformations et ses changements à vue avec une facilité merveilleuse.
Le Diable au couvent, la Danse du feu, etc., etc.
Une Course de taureaux à Madrid, avec mise à mort par le célèbre matador Mazantini [sic].
Le Combat du lion et du taureau à Roubaix dont toute la presse française s'est occupée.
Un Voyage en mer entre Calais et Douvres.
Puis encore, divers tableaux de la guerre hispano-américaine.
En tant qu'actualité : les épisodes de la guerre du Transvaal, pris sur le champ de bataille.
Trois opérateurs sont, dit-on, seuls autorisés à suivre les opérations, et les diverses phases de la campagne seront données sitôt leur réception.
Un tel programme promet un succès complet à ce spectacle que tout Rouen voudra voir.


Le Journal de Rouen, Rouen, 26 janvier 1900, p. 3.

rouen cirque

Cirque de Rouen. Entrée Principale (c. 1900)

Les responsables des projections sont " Lacabanne et Dane " annonce le  Nouvelliste (26 février 1900). Il s'agit bien de Constantin Daue et Cyprien Lacabane. Une première séance réservée aux autorités et à la presse est donnée le vendredi 2 février 1900 au Cirque de Rouen :

Le Royal Viograph
La soirée qui a été offerte hier soir aux autorités, au Cirque de Rouen, par les administrateurs du "Royal Viograph", a obtenu un très gros succès en raison du choix particulièrement heureux des vues animées qui ont défilé devant les yeux des spectateurs, de leur grand nombre, de leur intérêt et de leur importance.
Le programme ne comprenait pas moins de vingt-cinq numéros, qu'il faudrait tous citer.
Mentionnons parmi ceux qui ont été principalement applaudis: l'histoire d'un crime, L'incendie de l'hôtel Windsor à New-York, une foire à Séville avec les courses de taureaux, mais surtout les épisodes de la guerre du Transvaal qui ont défilé pendant plus d'une heure. Chacun de ces épisodes a soulevé de chaleureux bravos.
Dans la troisième partie: Méphistophélès (grande féerie), les luttes fin de siècle, des exercices de cavalerie française, des charges de cavalerie russe, et enfin la vue animée de New York à Chicago, prise d'un express marchant à une vitesse de quatre-vingt-dix kilomètres à l'heure, ont absolument enthousiasmé les spectateurs.
On peut dire, sans crainte, qu'on n'avait vu jusque-là dans notre ville un spectacle de ce genre aussi intéressant, aussi complet; aussi, le "Royal Viograph" peut être certain de faire pendant toute la durée de son séjour à Rouen, de fructueuses recettes.


Le Journal de Rouen, Rouen, 3 février 1900, p. 2.

Le succès du Royal Viograph, si l'on en croit la presse, est bien réel dans les jours qui suivent :

CIRQUE DE ROUEN
Le Royal Viograph
Le succès du Royal-Viograph, que nous avons constaté au lendemain de la représentation offerte aux autorités, s'est accentué aux deux séances de dimanche, données devant des salles à peu près combles.
On a particulièrement applaudi les courses de taureaux, les acrobates Krémos, le voyage de New-York à Chicago.
Aux matinées données les jeudis et dimanches à trois heures, seront ajoutées aux scènes actuelles du programme, des tableaux en couleurs de la passion du Christ tels qu'ils sont présentés à Oberammergau.


Le Journal de Rouen, Rouen, 6 février 1900, p. 3.

S'il existe déjà des vues animées de la Passion du Christ, celle de la ville de Bavière n'a pas encore eu lieu depuis l'invention du cinématographe et il faut attendre encore quelques mois pour qu'elle soit, effectivement, cinématographiée. En revanche, la  mort du préfet de la Seine Inférieure est bien effective et elle donne l'occasion à un opérateur du Royal-Viograph de filmer les funérailles : 

ROUEN
Les Funérailles de M. Hendlé
PRÉFET DE LA SEINE-INFÉRIEURE
Une imposante manifestation de deuil et de regrets, tel a été le caractère des funérailles faites à M. Ernest Hendlé, préfet de la Seine-Inférieure, par la population rouennaise et les délégations de tout le département. L'étendue du cortège, la multitude des sociétés particulières qui avaient demandé à y figurer, la masse des spectateurs accourus sur le passage du convoi funèbre, tout cela disait éloquemment quelle réelle et profonde popularité s'était acquise l'éminent fonctionnaire que nous perdons.
[...]
Il en restera un inoubliable souvenir dans la mémoire de tous ceux qui y ont pris part, sans compter que la légion des photographes et le cinématographe lui-même qui fonctionnait sur la place Vedrel, à la faveur d'un ciel assez clair, nous en rendront bientôt la vivante perspective.


Le Journal de Rouen, Rouen, 13 février 1900, p. 2. 

Même si le résultat n'est pas à la hauteur des espérances, la vue d'actualité est suffisamment bonne pour pouvoir être proposée au public :

CIRQUE DE ROUEN
Le Royal Viograph
Nous apprenons que la direction du Royal Viograph organise pour demain soir une brillante représentation au profit de l'Oeuvre des Vieux-Vêtements.
Au programme de cette soirée figureront les récentes créations ainsi que les scènes qui ont obtenu le plus de succès pendant le séjour à Rouen du Viograph.
On s'était promis, avec les "Obsèques de M. le Préfet", un tableau tout à fait sensationnel; mais le défaut de soleil n'a point permis à l'appareil d'obtenir un rendu très net. La vue est plus de la place Verdrel; l'ensemble des groupes se dessine très bien; en particulier les premiers: le peloton de gendarmes, la compagnies des sapeurs-pompiers, les chars, les uniformes, qui sont parfaitement venus.
Il est plus difficile de distinguer des figures dans le reste du défilé, masqué à demi par la foule qui s'entassait sur les trottoirs. Somme toute, on a suffisamment l'impression de l'importance du cortège ; et ce spectacle, qui eût certainement gagné à être pis sur les quais, où la lumière eût été meilleure, est bien fait pour intéresser les Rouennais.
Le public tiendra sûrement à s'associer à la généreuse pensée qui a guidé la direction du Royal Viograph en se rendant en foule à cette soirée qui sera l'une des dernières.


Le Journal de Rouen, Rouen, jeudi 22 février 1900, p. 2.

Comme le font les tourneurs, mais aussi les troupes en général, une représentation va être donnée au bénéfice de l'Oeuvre des Vieux Vêtements :

CIRQUE DE ROUEN
C'est ce soir, nous le rappelons, qu'aura lieu au Cirque de Rouen, la représentation organisée par la direction du "Royal Viograph" au bénéfice de l'Oeuvre des Vieux Vêtements.
En outre des 25 tableaux inédits choisis parmi les meilleurs de la collection, figureront : Les épisodes de la guerre hispano-américaine (15 tableaux); le Transvaal (35 tableaux), qui obtient un immense succès à chaque représentation ; Cendrillon (projections en couleur du plus magnifique effet); les Kremo's (les plus forts acrobates du monde), redemandé ; Le Voyage de New-York à Chicago, qui a fait courir tout Rouen, etc.
Malgré tout l'attrait particulier de cette fête, le prix des places ne sera pas augmenté et restera fixé à 1 fr. 50 les stalles; 1 fr. les chaises de piste; 0 fr. 75 les premières, et 0 fr 50 les secondes


.Le Journal de Rouen, Rouen, vendredi 23 février 1900, p. 2.

Même si le départ a déjà été annoncé, les responsables du Royal Viograph prolongent leur séjour à Rouen :

CIRQUE DE ROUEN
The Royal Viograph
La direction a renvoyé son départ au dimanche 4 mars inclus. À partir d'aujourd'hui, elle offre une grande série de tableaux nouveaux parmi lesquels paraîtront des vues de la localité, entre autres, les Obsèques de M. le Préfet, le Pont-Transbordeur, qui certainement fera courir toute la population rouennaise; de nouveaux tableaux de la guerre du Transvaal et quantité de scènes nouvelles.
Demain, à l'occasion du Mardi-Gras, matinée à trois heures.


Le Journal de Rouen, Rouen, 26 février 1900, p. 3.

La presse nous permet de savoir que le Royal Viograph a reversé la moitié de la recette au profit de l'Oeuvre des Vieux Vêtements :

La soirée organisée par le Royal Viograph, au profit de l'Oeuvre des Vieux Vêtements, a produit la somme de 235 fr. 25, représentant la moitié de la recette.
Cette somme a été versée dans la caisse de l'Oeuvre et va permettre, par son emploi, de combler quelques-uns des nombreux vides qui se se sont produits parmi certaines catégories de personnes secourues depuis le commencement de l'hiver.


Le Journal de Rouen, Rouen, 27 février 1900, p. 2.

Les représentations offertes sont également un argument commercial que les responsables du Royal Viograph n'´hésitent pas à renouveler :

CIRQUE DE ROUEN
La direction du Royal Viograph a décidé d'offrir la représentation du vendredi prochain 2 mars au bénéfice de l'ambulance de la Société des Sauveteurs Hospitaliers de Rouen (prix ordinaires).
Le public voudra répondre à l'idée généreuse des directeurs de cet intéressant spectacle Ce qui donne à compter que le cirque sera rempli comme aux jours de fêtes.
On peut prendre des billets à l'avance, sans augmentation de prix, chez M. La Route, directeur de la section, rue Ganterie, 38, et chez M. Lejosne, au café du Cirque.


Le Journal de Rouen, Rouen, 28 février 1900, p. 3.

Peu avant leur départ, Constantin Daue et Cyprien Lacabane donnent une séance pour les oeuvres scolaires de la ville :

CIRQUE DE ROUEN
The Royal Viograph
Le comité de la Caisse des Écoles nous informe que, sur sa demande, les directeurs du Royal Viograph donneront aujourd'hui leur dernière représentation au profit des oeuvres scolaires de la ville.


Le Journal de Rouen, Rouen, 5 mars 1900, p. 3.

La dernière représentation est annoncée pour le dimanche 11 mars :

CIRQUE DE ROUEN
The Royal Viograph prolongera son séjour au Cirque jusqu'à dimanche soir, avec changement de programme. Jeudi et dimanche, matinée à trois heures.


Le Journal de Rouen, Rouen, mercredi 7 mars 1900, p. 3.

L'American Biograph (Salle des fêtes de l'hôtel de France (24 février-8 mars 1900)

L'American Biograph,  de la Biographe and Mutoscope for France, est de retour à Rouen pour quelques projections organisées dans la salle de l'hôtel de France :

SALLE DES FÊTES DE L'HOTEL DE FRANCE
Les scènes animée du Vatican
Après le "Royal Viograph" qui continue au Cirque la série de ses fructueuses séances, voici qu'on nous annonce la venue à Rouen de l' "American Biograph" qui va nous montrer, dans la salle des fêtes de l'hôtel de France, les vues animées prises au Vatican, et dont le succès est si vif à Paris, depuis un mois, à la galerie Georges Petit.
Tous ceux à qui leurs moyens se permettent pas un voyage à Rome vont pouvoir s'offrir la vue de diverses scènes où figure Léon XIII, se promenant dans les jardins du Vatican, bénissant la foule, à Saint-Pierre, assistant aux offices ou faisant défiler devant lui ses gardes nobles.
C'est là, assurément, un spectacle pas ordinaire, et il ne paraît pas douteux que l'American Biograph n'obtienne à Rouen le plus vif succès.
La séance d'ouverture aura lieu demain samedi, à deux heures, au profit des pauvres de la ville de Rouen; elle sera précédée d'un concert auquel prendront part Mme Lyse Gelda, de l'Opéra-Comique; Mme Bossy et M. Grimaud, du Théâtre-des-Arts; de M. cartier, organise accompagnateur, et d'un quatuor à cordes composé de MM. Lejeune, Comino Goupil et Petienti; de l'orchestre du Théâtre-des-Arts.
Voici le programme de ce concert:
1. Méditation de Thaïs (Massenet), quatuor et piano.
2. Ave Maria (Schubert), Mme Lyse Gelda.
3. Hosannah (Granier), M. Grimaux.
4. Invocation de Thumara (Bourgault Ducoudray), quatuor.
5. Marie-Magdeleine (J. Massenet), Mme Rossy.
6. Rêverie (Schuman), quatuor et piano.
7. Le Voyageur (Rubistein), Mmes Bossy et Gelda.
8. Intermède de Cavalleria Rusticana (Mascagni), quatuor et orgue.
On peut se procurer des billets à l'hôtel de France.


Le Journal de Rouen, Rouen, vendredi 23 février 1900, p. 2.

Parmi les vues présentées, les scènes animées du Vatican constituent clou des représentations :

SALLE DES FÊTES DE L'HÔTEL DE FRANCE
Les Scènes animées du Vatican.
On nous prie de rappeler qu'aujourd'hui auront lieu les dernières séances de l'American Biograph qui présente au public les scènes animées du Vatican.
Séances de deux heures à six heures et de huit heures à dix heures du soir.


Le Journal de Rouen, Rouen, 8 mars 1900, p. 3.

Théâtre-Concert de Pierre Iunk (Foire de Saint-Romain, octobre-novembre 1900)

rouen iunk 1900

Pierre Iunk, Théâtre-Concert des fantoches Parisiens, Rouen, 1900

© Bibliothèque Municipale de Rouen

Le Viographe Péchadre (Foire de Saint-Romain, octobre-novembre 1900)

Le Viographe Péchadre est présent à la Foire de Saint-Romain :

[...] ou admirer les scènes cinématographiques.
Parmi ces dernières nous signalerons celles du Viographe Péchadre, qui nous montre le défilé des Preobrajenski à la sortie dela Trésorie générale, rue de la Seille, escortés des sapeurs-pompiers et de la Musique municipale: chacun reconnaîtra dans ce défilé des figures amies. On voit également dans cette même loge, des scènes joyeuses comme les Statues en goguette, le Pioupiou et la Nourrice, les transformations de Frégoli et l'histoire de Cendrillon en vingt tableaux animés.


Le Journal de Rouen, Rouen, 26 octobre 1900, p. 2.

Le Phono-Cinéma-Théâtre (Foire de Saint-Romain, octobre-novembre 1900)

Le Phono-Cinéma-Théâtre est présent à la Foire de Saint-Romain :

La Foire Saint-Romain
Tous ceux qui n'ont pas été à l'Exposition pourront s'offrir la vue des principales attractions au Phono-Cinema-Théâtre qui possède une superbe collection de vues cinématographiques du Champ-de-Mars, du Trocadéro et des Invalides; on y fait une promenade sur le trottoir roulant. Ajoutez à cela, comme intermèdes, de nombreuses scènes amusantes.


Le Journal de Rouen, Rouen, 26 octobre 1900, p. 2.

Il n'est pas certain qu'il s'agisse de l'invention de Marguerite Vrignault présentée à l'Exposition universelle, et qui, elle, associe l'image et le son. Probablement un "emprunt" d'un forain.

1901

Le Royal Viograph (Cirque, 11 mai-2 juin 1900)

En provenance de Dijon, le responsable du Royal Viograph - très probablement Constantin Daue - annonce son arrivée à Rouen, dans les premiers jours de mai :

CIRQUE DE ROUEN
L'American Royal Viograph viendra donner, le dimanche 12 mai et jours suivants, une série de représentations. Le bon souvenir que cette attraction a déjà laissé dans notre ville avec ses séances du mois de février de l'année dernière, avec ses vues animées, lui promet un nouveau succès.


Le Journal de Rouen, Rouen, mercredi 1er mai 1901, p. 3.

Finalement, l'inauguration a lieu un jour plus tôt que prévu, c'est-à-dire le samedi 11 mai :

CIRQUE DE ROUEN
Samedi prochain commencera, au Cirque, la série des représentations qui seront données par la tournée américaine du "Royal Viograph".
Le programme du spectacle comprend deux parties : Dans la première, figurent plusieurs numéros de Cirque, notamment un ventriloque, un tiro de trompes de chasses, des clowns excentriques, les barristes les Jupiters, les Takitos, chanteurs originaux, et la troupe Larainjé, exécutant les jeux du tapis.
La seconde partie est tout entière consacrée au Royal Viograph qui fera défiler sur l'écran des scènes animées, parmi lesquelles de nombreuses actualités, et pour finir une vie de Jeanne Darc en douze tableaux.
Le prix des places pour cet intéressant spectacle est ainsi fixé : Stalles, 3 fr.; premières, 1 fr. 50; secondes, 0 fr. 60c.


Le Journal de Rouen, Rouen, jeudi 9 mai 1901, p. 4.

La formule ici mise en place comprend deux partie, la première consacrée à des numéros de variété ou de cirque et la seconde à des projections animées. Dans un nouvel article, quelques vues du répertoire sont indiquées :

CIRQUE DE ROUEN
The Royal Viograph a retrouvé, pour cette nouvelle série de représentations, le succès de son précédent voyage, car la salle était entièrement garnie dans la moitié où l'on peut voir le spectacle.
Le programme est divisé en deux partie très distinctes; la première est consacrée aux exercices acrobatiques, et contient des numéros d'une force remarquable, tels que les plus forts qu'on est accoutumé à trouver dans les grandes troupes du Cirque.
La seconde partie fait défiler sous les yeux des spectateurs, grâce au cinématographe, des vues animées empruntées aux événements récents, comme les funérailles de la reine d'Angleterre ou l'arrivée du président Kruger à Marseille, la guerre de Chine ou les manoeuvres de cavalerie.
Des scènes fantaisistes à transformation et une série de tableaux résumant l'histoire de Jeanne Darc, complètent agréablement le spectacle du Viograph.


Le Journal de Rouen, Rouen, dimanche 12 mai 1901, p. 2.

Le journal catholique La Croix salue la présentation opportune de la vue Jeanne d'Arc :

L'administration a été bien inspirée en donnant les divers épisodes de la vie de Jeanne d'Arc, aux dates où plusieurs villes de France célébraient sa fête, c'est une délicatesse qui a été très sensible aux Rouennais et ils sont revenus en foule chaque jour de la semaine, applaudir l'idée de la direction.


La Croix, Rouen, 19 mai 1901. (Cité dans POUPION, 2018: 93).

Quelques jours plus tard, le Royal Viograph annonce ses dernières représentations :

CIRQUE DE ROUEN
La tournée du Royal Viograph annonce pour aujourd'hui et demain, en matinée et en soirée, ses dernières représentations.
Le prix des places, pour ces représentations dans lesquelles paraîtront les chanteurs et danseurs napolitains, est réduit de moitié.
Avant de quitter Rouen, la tournée du Royal Viograph donnera une représentation extraordinaire au profit de la cavalcade des 3 et 4 août.


Le Journal de Rouen, Rouen, 26 mai 1901, p. 2.

Mais comme cela est très fréquente, et pour des raisons commerciales, les séances vont se prolonger encore quelques jours :

En raison du réel intérêt et de la variété que présente le spectacle du Royal Viograph actuellement au cirque, le Comité de la cavalcade, a sollicité et obtenu de son aimable directeur l'organisateur d'une grande soirée de gala qui sera donnée au bénéfice des fêtes de bienfaisance des 3 et 4 août prochain. Cette soirée qui clôturera la série des brillantes représentations que le Royal Viograph vient de présenter aura lieu dans les premiers jours de la semaine. Le programme comportera celles des attractions qui ont jusqu'ici le plus enthousiasmé les spectateurs. Les commerçants et le public rouennais viendront certainement en foule à cette soirée, félicitant ainsi la tâche des organisateurs de la cavalcade tout en manifestant leur sympathie au directeur pour sa généreuse participation à l'organisation des fêtes dont le commerce rouennais doit tirer d'excellents résultats.


Le Nouvelliste de Rouen, 25 mai 1901 (cité dans POUPION, 2018: 95).

Un différend va surgir entre le responsable et différents périodiques sur une question liée à une réduction du prix des places, annoncées pour tout public, mais en réalité réservé aux militaires et aux enfants des écoles. Le Petit Rouennais incrimine son confrère Le Journal de Rouen :

Une entente a pu se faire heureusement mais non sans que les gérants de la S du Viograph aient reçu une bordée de mauvais compliments qui, en bonne justice, auraient dû être adressés à notre confrère.


Le Petit Rouennais, Rouen, 27 mai 1901 (cité dans POUPION, 2018 : 96)

Cette accusation va provoquer immédiatement la réaction du Journal de Rouen qui va détailler l'incident tout en s'en prenant à son confrère :

Dans notre numéro de dimanche, au programme des Spectacles, l'annonce des représentations du Royal Viograph était suivie de la mention "Moitié prix à toutes les places". Il paraît qu'il y avait erreur, et que la direction avait entendu réserver ce prix de faveur "exclusivement aux militaires et aux élèves des écoles". Il en est résulté des incidents plutôt désagréables.
Mais - et c'est pourquoi nous en parlons - ce qui prouve bien que l'erreur ne nous était pas imputable, c'est que le Nouvelliste de Rouen avait inséré aussi en même temps cette même mention : "Moitié prix à toutes les places." Elle résultat donc bel et bien d'un communiqué de la direction du Viograph, qui a eu le mauvais goût de nous en faire porter la responsabilité.
Il va sans dire que le Petit Rouennais, avec sa bienveillance habituelle, s'est empressé de recueillir les récriminations de la direction fautive. Par exemple, il s'est bien gardé de parler du Nouvelliste ; il lui aurait été impossible, autrement, de nous blâmer, et il tenait à nous blâmer. Ne nous en plaignons pas ; cela fait juger une vois de plus de son impartialité.
Tout le monde sait, d'ailleurs, que le Petite Rouennais n'est jamais sujet à commettre des méprises. Ainsi, la semaine dernière, quand il annonçait qu'un match sensationnel entre Jacquelin et le nègre Taylor allait avoir lieu au Vélodrome rouennais, ce n'était pas une méprise. Il y a deux mois, quand il racontait par le menu le voyage à Fécamp du ministre des travaux publics qui n'avait pas quitté Paris, ce n'était pas non plus une méprise. Et caetera. Mais le Petit Rouennais ne croit pas plus à ses propres méprises qu'à celles des autres.


Le Journal de Rouen, Rouen, 28 mai 1901, p. 2.

Avant son départ, le responsable du Royal Viograph annonce qu'une séance exceptionnelle va être donnée au profil de la Cavalcade prévue pour le mois d'août 

CIRQUE DE ROUEN
Nous rappelons qu'une soirée sera donnée ce soir, au Cirque, au profit de la cavalcade des 2 et 4 août.
Au programme, plusieurs des meilleurs artistes du Cercle Lyrique de Rouen et des amateurs de talent, MM. Bertin, fort ténor, Bertrand, basse chantante, Hardel, baryton, et Naadar, comique troubade, ainsi que des scènes du Viograph.
Le public tiendra à donner un témoignage de sympathie aux organisateurs de la cavalcade, en assistant à cette soirée dont la recette doit contribuer au succès de cette fête de bienfaisance.
Le bureau de la location est ouvert au Cirque: stalles, 2fr.; premières, 1 fr.; secondes, 0 fr. 50.
Service de tramways à la sortie.


Le Journal de Rouen, Rouen, 29 mai 1901, p. 3.

Les séances vont se prolonger de quelques jours face au succès obtenu d'après le Nouvelliste de Rouen :

La direction du Royal Viograph en présence du succès obtenu hier soir à la représentation de gala offerte au bénéfice d'une oeuvre de bienfaisance de notre ville a résolu de continuer quelques temps encore ses représentations en mettant le prix des places à la portée de toutes les bourses, même les plus modestes.


Le Nouvelliste de Rouen, Rouen, 30 mai 1901 (cité dans POUPION, 2018: 95-96). 

Le Royal Viograph termine ses séances le 2 juin et se rend ensuite à Elbeuf

Répertoire (autres titres) : Pyramides humaines, Sauvetage extraordinaire, Grande charge de cavalerie française et russe, Une lutte terrible, Les Quatre Chevaux plongeurs, Courses pédestres avec obstacle, Funérailles de sa Majesté la Reine d'Angleterre, Rêves du Radjah ou la Forêt enchantée, Épisodes de la guerre de Chine, Après un bon repas, une nuit terrible, Les Fhjing Scots, célèbres acrobates, Arrivée du Président Kruger à Marseille et à Paris, Rêve de Noël, Le Christ marchant sur les eaux, Voyage au mexique, Dislocation mystérieuse. (Citée dans POUPION: 2018, 945).

Le Théâtre Electrique Grenier (Foire de la Saint-Romain, octobre-novembre 1901)

Le théâtre électrique Grenier est un habitué de la foire de la Saint-Romain. Il est de retour à l'automne 1901 :

A travers la Foire.-Grâce au beau temps, la foire Saint-Romain tient le succès. Le Royal-Cinématographe géant par la variation de son spectacle est en plein succès. Il en est de même du Théâtre Schram-Dubreuil qui est le rendez-vous de la belle société. Le théâtre de la princesse Marie est une des attractions des plus dignes d'attention. La Femme Homard n'est pas moins privilégiée. Le théâtre Levergeois, un rouennais, est le rendez-vous des petits et des grands, qui y trouvent à rire et à s'amuser. Le cinématographe Grenier fait tous les jours salle comble et c'est justice, tant pour la beauté des reproductions que par la variation du spectacle...


Le Travailleur normand, Rouen, 3 novembre 1901, p. 3.

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Théâtre Electrique Grenier, Foire de Saint-Romain, 1901.
© Bibliothèque Municipale de Rouen

Le cinématographe renouvelle régulièrement son programme :

Le Cinématographe Grenier variant à l'infini ses projections animées d'une netteté parfaite obtient un réel succès.


Le Travailleur normand, Rouen, 10 novembre 1901, p. 2.

Le Grand Palais des Cinématographes Électriques (Foire de Saint-Romain, octobre-novembre 1901)

Parmi les cinématographes de la Saint-Romain, l'un d'eux s'installent sur le Boulingrin :

A travers la foire
[...]
Sur le Boulingrin est placé un théâtre qui appelle l'attention de tous par la beauté de son spectacle. La reproduction des oeuvres de nos grands maîtres y est donnée en des tableaux vivants avec une fidélité surprenante, le Cinématographe avec ses dernières nouveautés.


Le Travailleur normand, Rouen, 3 novembre 1901, p. 2.

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J. Marrecau-Cremer, Le Grand Palais des Cinématographes Électriques (1901)
© Bibliothèque Municipale de Rouen

Le Royal Cinématographe Géant (Foire de la Saint-Romain, octobre-novembre 1901)

Le Royal-Cinématographe Géant est présent à la foire de la Saint-Romain, en 1901 :

A travers la Foire.-Grâce au beau temps, la foire Saint-Romain tient le succès. Le Royal-Cinématographe géant par la variation de son spectacle est en plein succès. Il en est de même du Théâtre Schram-Dubreuil qui est le rendez-vous de la belle société. Le théâtre de la princesse Marie est une des attractions des plus dignes d'attention. La Femme Homard n'est pas moins privilégiée. Le théâtre Levergeois, un rouennais, est le rendez-vous des petits et des grands, qui y trouvent à rire et à s'amuser. Le cinématographe Grenier fait tous les jours salle comble et c'est justice, tant pour la beauté des reproductions que par la variation du spectacle...


Le Travailleur normand, Rouen, 3 novembre 1901, p. 3.

Théâtre salon des Visions d'Art (Foire de Saint-Romain, octobre-novembre 1901)

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Théâtre-Salon des Visions d'Art, Grand Cinéorama Electrique (1901)
© Bibliothèque Municipale de Rouen

1902

Le Grand Palais des Cinématographes électriques de J. Marrecau (Foire de Saint-Romain, octobre-novembre 1902)

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J. Marrecau, Le Grand Palais des Cinématographes Electriques (1902)
© Bibliothèque Municipale de Rouen

Le Biographe du Théâtre Grenier (Foire de Saint-Romain, octobre-novembre 1902)

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Le Théâtre Grenier, octobre-novemrbe 1902
© Bibliothèque Municipale de Rouen

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Théâtre Tract, 1902.
© Bibliothèque Municipale de Rouen

Le Véritable cinématographe du Professeur Nesterson (Foire de Saint-Romain, octobre-novembe 1902)

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A. Delille, Spectacles merveilleux (1902)
© Bibliothèque Municipale de Rouen

Le Palais des Fantoches de Philippe Nicolas (Foire de Saint-Romain, octobre-novembe 1902)

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Philippe Nicolas, Palais des Fantoches, 1902
© Bibliothèque Municipale de Rouen

Théâtre-Concert des Fantoches Parisiens de Pierre Iunk (Foire de Saint-Romain, octobre-novembre 1902)

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Pierre Iunk, Théâtre-Concert des Fantoches Parisiens (!902)
© Bibliothèque Municipale de Rouen

Le Théâtre-Cirque des Animaux savants et Cinématographe de Salvator (Foire de Saint-Romain, octobre-novembre 1902)

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Salvator, Le Théâtre-Cirque des Animaux savants et Cinématographe (1902)
© Bibliothèque Municipale de Rouen

1903

Le Théâtre-Concert des Fantoches Parisiens de Pierre Iunk (Foire de Saint-Romain, octobre-novembre 1903)

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Pierre Iunk, Le Théâtre-Concert des Fantoches Parisiens (1903)
© Bibliothèque Municipale de Rouen

1904

Le Théâtre Pierre Iunk (Foire de Saint-Romain, octobre-novembre 1904)

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Théâtre Pierre Iunk, Champ de Foire, 1904
© Bibliothèque Municipale de Rouen

Le Grand Palais des Cinématographes de J. Marrecau (Foire de Saint-Romain, octobre-novembre 1904)

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J. Marrecau, Le Grand Palais des Cinématographes, 1904
© Bibliothèque Municipale de Rouen

Le Modern "Palast" (Foire de Saint-Romain, octobre-novembre 1904)

rouen modern palast 1904

Modern "Palast" (1904)
© Bibliothèque Municipale de Rouen

Grande Ménagerie et Théâtre Zoologique Bidel (Foire de Saint-Germain, octobre-novembre 1904)

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Bidel, Grande Ménagerie et Théâtre Zoologique (1904)
© Bibliothèque Municipale de Rouen

 

rouen bidel

Cliché Ybert, Rouen, Grande Ménagerie et Théâtre Zoologique (c. 1904)

Théâtre Grenier (Foire de Saint-Romain, octobre-novembre 1904)

rouen grenier 1904

Théâtre Grenier, Foire de Saint-Romain (1904)
© Bibliothèque Municipale de Rouen

1905

(Le Théâtre Scientifique Urania de Ferdinand Somogyi (Théâtre Français, [9]-[11] mai 1905)

Le Théâtre international scientifique Urania, propriété de Ferdinand Somogyi, effectue une importante tournée en France. Il propose des soirées, à Rouen, au Théâtre français :

THÉÂTRE FRANÇAIS
Aujourd'hui mardi, en matinée à 4 h 1/2 et en soirée à 8 h 1/2, représentations de l' "American Helioscop ", cinématographe sans oscillations.


Journal de Rouen, Rouen, mardi 9 mai 1905, p. 3.

 La dernière annonce est publiée deux jours plus tard, le 11 mai.

Le Grand Palais des Cinématographes de Marrecau (Foire de Saint-Romain, octobre-novembre 1905)

rouen marrecau 1905

Marrecau, Grand Palais des Cinématographes (1905)
© Bibliothèque Municipale de Rouen

1906

Théâtre Pierre Iunk (Foire de Saint-Romain, octobre-novembre 1906)

rouen iunk 1906

Théâtre Pierre Iunk, Foire de Saint-Romain, 1906
© Bibliothèque Municipale de Rouen

Le Grand Royal Bioscope de W. Bohme (Foire de Saint-Romain, octobre-novembre 1906)

rouen bohme 1906

W. Bohme, Grand Musée Historique (1906)
© Bibliothèque Municipale de Rouen

Grande Ménagerie et Immense Théâtre Cinéma Zoologique Bidel (Foire de Saint-Romain, octobre-novembre 1906)

rouen bidel 1906

Bidel, Grande Ménagerie et Immense Théâtre Cinéma Zoologique (1906)
© Bibliothèque Municipale de Rouen

Théâtre des attractions uniques (Foire de Saint-Romain, octobre-novembre 1906)

rouen attractions uniques 1906

Théâtre des Attractions Uniques (1906)
© Bibliothèque Municipale de Rouen

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LEFEBVRE Bernard, Les Cinématographes de Saint Romain de Rouen 1906-1907, Rouen, CRDP, 1982, 56 p.

POUPION Olivier, "Les débuts du cinéma à Rouen", Etudes Romandes, 1991, 40-3, p. 46-60.

POUPION Oliver, Histoire du cinéma à RouenLes origines (1892-1919)Tome 1, 2018, 324 p.