PERPIGNAN

Jean-Claude SEGUIN

Perpignan, chef-lieu des Pyrénées orientales (France), compte 33.878 habitants (1894).

1896

Le Cinéphotographe (1896)

 

Alcazar Roussillonnais-
Le cinéphotographe.-Demain mardi, première représentation du cinéphotographe, photographies animées, attraction nouvelle qui a fait courir tout Paris. Dans cette première soirée, il sera représenté : la Soie [sic] Fuller, des Folies Bergères de Paris, dans la danse serpentine, tableau merveilleux en couleur.
Le cinénophotographe ne donnera que trois Représentations, le mardi 3, le mercredi 4 et le jeudi 5 novembre. À chaque séance huit tableaux.

Le Roussillon, Perpignan, 2 novembre 1896, p. 3

1897

1898

1899

1900

1901

The Royal Viograph (Cirque Ancillotti-Plège, Promenade des Platanes, 1er février-17 mars 1901)

Le Royal Viograph, qui a présenté des vues animées à Béziers quelques semaines au préalable, arrive à Perpignan au début du mois de février 1901. les séances sont prévues dans le Cirque Ancillotti-Plège. L'inauguration a lieu le 1er février 1901 :

The Royal Viograph.-C'est ce soir, à 8 h. 1/2 au Cirque, que le Royal Viograph donnera sa première représentation.
La réputation qui précède cet établissement, le succès immense qu'il a obtenu dans toutes les villes où il s'est présenté nous dispensent de tout commentaire.
Disons seulement que le Royal Viograph n'a absolument rien de commun avec les cinématographes connus jusqu'à ce jour et qu'il est le seul en France possédant un matériel électrique assez puissant et assez perfectionné pour présenter au public de véritables chefs-d'oeuvre.


Le Roussillon, Perpignan, 1er février 1901, p. 3.

L'hebdomadaire va consacrer un long article quelque peu enflammé au Royal-Viograph et faire quelques digressions de nature linguistique :

The royal viograph
Ces mots anglais sont plus humains que les nôtres pour dire les merveilles que l'on voit, chaque soir, à Perpignan dans l'enceinte du cirque Ancillotti-Plège.
Pourquoi les hommes de science sont-ils allés chercher cette longueur incommensurable du mot cinématographe (est-ce parce qu'ils ont appris l'allemand ?) au lieu de dire simplement comme les anglais un viographe !
Qu'est en effet cette succession admirable de photographies qui recommencent tant, qu'on le veut sous les yeux des spectateurs, sinon une viographie ?
Le terme de biographie aurait continué d'être la simple histoire de la vie.
Mais les savants veulent à toute force se singulariser dans leurs néologismes.
Ils ne devraient pas le faire contre le goût, la simplicité et les besoins de nos gosiers.
Nous appellerons donc les représentations cinématographiques perpignanaises du nom anglais Viographe qui nous paraît plus commode à lire, à écrire et à dire.
Nous engageons surtout nos lecteurs à aller admirer comme nous l'avons fait hier soir, le derby d'Epsom, la lutte fin de siècle si origi originale et si amusante, les dernières cartouches si émouvantes, la ferme de Normandie, le voyage entre Calais et Douvres, l'apparition magique de l'homme-orchestre, la fête des fleurs de l'Exposition, la sortie sans permission, les courses de taureaux, le diable au couvent, les épisodes de la guerre du Transvaal et les centaines d'attractions variées données par cet excellent viographe qui est bien le plus beau, le plus net, le plus parfait, le plus vécu que l'on puisse voir.
C'est une vraie bonne fortune pour les perpignanais, et chacun doit venir en prendre sa grande part.


L'Impartial des Pyrénées-Orientales, Perpignan, 2 février 1901, p. 3.

perpignan promenade platanes

Imp. Phot. Neurdein Frères-Paris, Perpignan-Promenade des Platanes (c. 1900)

Le Royal Viograph va apporter sa collaboration au comité des fêtes du Carnaval qui organise le bal des enfants :

Comité des Fêtes
Bal d'enfants du 10 février 1901, à 2 heures de l'après-midi, au Cirque.
Le Comité des fêtes est heureux d'annoncer qu'il a traité avec le "Royal Viograph" pour une séance de gala pendant le bal d'enfants. Il est donc certain que grâce à cette combinaison, l'attrait du bal sera aussi intéressant pour les enfants que pour les grandes personnes. Inutile de faire l'éloge du "Royal Viograph" que tout Perpignan à l'heure actuelle connaît. Le spectacle sera entièrement changé et promet d'agréables surprises.
Le Cirque sera décoré aux couleurs de Carnaval VII. Un plancher sera mis sur la piste et l'orchestre du Théâtre municipal entraînera les bambins en de joyeuses rondes.
M. Solère, le pâtissier bien connu de tous, a été chargé de réconforter, les petits estomacs épuisés par la fatigue. Il s'acquittera sûrement au gré de tous de cette besogne. Afin que le souvenir de ce bal ne soit pas trop éphémère des jouets de toutes sortes seront distribués à profusion.
Et maintenant mamans et bébés préparez-vous et accourez en foule ce sera pour tous une grande distraction dont les pauvres bénéficieront.
Prix des places : Chaises réservées, 2 fr. ; premières, 1 fr. ; secondes, 0,50.
Entrée gratuite pour les enfants accompagnés de leurs parents.
Le prix des places ci-dessus annule celui qui avait déjà paru.


Le Roussillon, Perpignan, 7 février 1901, p. 3.

Le journaliste de l'Impartial des Pyrénées-Orientales ou du Roussillon ne manque pas de lyrisme lorsqu'il évoque le Royal Viograph :

The royal viograph 
Saisir au passage, enregistrer indélibilement les moindres incidents, mouvements de la vie, les développer et les dérouler ensuite sous les yeux du public, n'est-ce pas ce qu'il y a de plus merveilleux ? C'est la survivance mise en pratique par le cinématographe supérieurement mis en exploitation par le Royal Viograph.
Dans cette application de l'électricité et de la photographie amalgamées, rien de réduit ni de mièvre, ni de confus ; les hommes et les choses apparaissent en grandeur naturelle. Et la stupéfaction ne se peut éviter devant la durée des scènes que représente cette entreprise hors pair : là pas d'exagération, pas de truqué, pas de machiné, la réalité implacable, la vérité té s'affirmant. simple, naïve, tragique gracieuse, suivant le cas, mais toujours suggestive.
Quels enseignements nous réserve la science. Mais toujours ne philosophons pas. Une visite au Royal Viograph est une véritable leçon de choses. Et en ce temps, où la science court à pas de géant, où les vérités s'altèrent si facilement, les leçons de choses s'imposent. Nous sommes certains que pas un de nos lecteurs ne manquera une représentation du Royal Viograph dont les projections sont, on peut le dire, inépuisablement renouvelées.


L'Impartial des Pyrénées-Orientales, Perpignan, 9 février 1901, p. 3 et Le Roussillon, Perpignan, 13 février 1901, p. 2.

Le public scolaire, dès les origines du cinématographe, occupe une place privilégiée parmi les spectateurs des images animées. Le Royal Viograph ne déroge pas à la règle en accueillant les élèves de plusieurs établissements scolaires de la ville : 

The Royal Viographe. — Le collège Saint-Louis de Gonzague, l'Externat, l'école du Sanctuaire ont assisté, jeudi, à la matinée de famille organisée par le Royal Viograph.
On a beaucoup ri et beaucoup applaudi. C'est dire que cette séance a obtenu le plus vif succès.Le Roussillon, Perpignan, 16 février 1901, p. 3

Comme cela est souvent la cas, les responsables annoncent la fin des séances afin, tout simplement, de ranimer l'intérêt du public :

The Royal Viograph. — Pour la semaine de clôture, ce soir lundi, changement complet de spectacle et exhibition des dernières actualités :
Funérailles de la reine Victoria.
Naufrage de la Russie.
Arrivée du Président Kruger à Marseille.
Manœuvres de torpilleurs en pleine mer.
La Vie à l'envers (baigneurs et plongeurs), la plus grande attraction du cirque Barnum.
Méphistophélès, grande féerie.
Nouveaux tableaux comiques.


Le Roussillon, Perpignan, lundi 18 février 1901, p. 3.

Le programme annoncé est complété par un nouvelle article publié quelques jours plus tard :

The Royal Viograph — Aujourd'hui jeudi, deux représentations : à 3 heures grands matinée offerte aux familles ; le soir, à 8 heures 1/2, brillante soirée.
Aux deux représentations, les plus grandes actualités de l'époque :
Les Funérailles de la reine d’Angleterre, le plus imposant défilé dans l'histoire des Nations, Edouard VII, roi d'Angleterre, duc de Connaught, standard Royal, l'empereur d'Allemagne, délégation des puissances, passage du cercueil entre toute la flotte des puissances réunies ; proclamation du roi Edouard VII, le Roi se rendant au Parlement.
Cent vingt kilomètres à l'heure, voyage entre Chicago et New-York ; les sept péchés capitaux en couleurs ; la Belle et la Bête, féérie.
Arrivée du président Kruger à Marseille ; Manoeuvre de torpilleurs en pleine mer.
Grande charge de cavalerie française et russe ; Méphistophélès, grande féerie en couleurs.
Le Christ sur les flots, merveille de coloris.


Le Roussillon, Perpignan, 21 février 1901, p. 3.

Chaque semaine, le journaliste de L'Impartial des Pyrénées-Orientales redouble d'imagination pour faire partager au lecteur les sensations produites par le Royal Viograph :

The royal viograph
Les sensations que donne le The royal Viograph sont celles de voir soi-même tout comme si on y avait assisté, les spectacles les plus intéressants.
Par lui. sans bouger de place, on voit tous les détails des funérailles grandioses que l'on a faites, ce mois-ci, à la reine Victoria d'Angleterre.
Il passe sous nos yeux, tels qu'ils passèrent à Londres, le roi Edouard VII, l'empereur D'Allemagne Guillaume II sur son cheval blanc, les rois de Grèce, de Portugal, l'amiral Bienaimé de la Marine Française et la suite interminable des princes, des ambassadeurs, des chambellans, ainsi que les masses populaires anglaises qui assistaient à ce défilé grandiose.
On voyage en train-express et l'on voit se dérouler devant soi comme si l'on était sur la locomotive les étendues immenses des pays traversés. On est témoin du sauvetage de la Russie, des manœuvres de cuirassiers, de toutes les scènes de la vie que la photographie a prises et que le cinématographe reproduit très-exactement.
On est transporté tantôt dans le Canada dont on admire les sites sauvages et superbes, tantôt en Asie, sur les mers et dans toutes les capitales.
Aller au Royal Viograph, c'est éprouver, sans quitter sa place, les jouissances des voyages les plus variés, les plus instructifs, les plus réjouissants, c'est prendre part aux spectacles les; plus émouvants, aux féeries les plus délicieuses; Allons donc au Royal Viograph.


L'Impartial des Pyrénées-Orientales, Perpignan, 23 février 1901, p. 3.

Le succès aidant, les séances du Royal Viograph se prolongent encore dans les premiers jours de mars où de nouvelles vues animées sont présentées :

The royal viograph
Cette semaine, on a vu passer sous les yeux émerveillés, à la douce musique d'un excellent orchestre dirigé par M. Joseph Simon, professeur du Conservatoire, la ville de Limoges avec bataille de blanchisseuses et son mouvement d'ouvriers et d'ouvrières, le chevalier Mystère, le Canada avec ses glissoires et ses merveilleux sites, l'illusionniste Toquet. l'histoire d'un crime en couleur, la grande cavalcade du cirque Lord en couleur, les désagréments en chemin de fer d'un voyage de noce, le naufrage de la Russie, des charges de cavalerie, les funérailles de Victoria, les danses espagnoles. On a voyagé en chemin de fer à 126 kilomètres à l'heure. On a assisté, tout comme si on y était, à la manœuvre des torpilleurs.
Le spectacle change tous les soirs.
On ne peut en voir de plus agréable, de plus mouvementé, de plus varié, sans sortir de sa chaise.


L'Impartial des Pyrénées-Orientales, Perpignan, 2 mars 1901, p. 3.

Quand au journaliste de L'Impartial des Pyrénées-Orientales, il n'en finit pas de s'extasier devant les images animées du Royal Viograph. Il n'est d'ailleurs pas interdit de penser que l'auteur de ces textes enflammés n'est autre que le responsable du spectacle, ce qui est une pratique habituelle : 

Une merveille. — Qui ne s'est extasié, qui n'a vibré devant une superbe toile soit mystique, soit guerrière, soit réaliste. Qui ne s’est dit qu'il aimerait voir les yeux du suppliant pleurer réellement, ses bras s'élever lentement vers les cieux, les gestes arrondis, nobles sans recherche, sans cette rigidité que donne le pinceau ou le burin.
Qui n'a frissonné et a'a demandé en même temps le vrai, le farouche galop effréné d'une charge échevelée. où sabre en l'air, crinière au vent, droits sur les étriers les dragons et les cuirassiers courent éperdus à la gloire et à la mort !
Quelque vue, quelque pénétration qu'il ait du sujet qu'il traite, quelque intensité dans le mouvement qu'il dépense, le peintre le plus éminent, le sculpteur le mieux inspiré ne saurait donner le sens moteur que reproduit le cinématographe aux perfectionnements complets qu'accuse le Royal Viograph. les véritables artistes qui ont capté pour cet incomparable établissement les scènes qu'ils font dérouler sous nos yeux, ont donné comme une frappe particulière et originale à leur reproduction. Ils ont su élaguer la banalité et saisir l'instant exact où les poses, les allures, la tenue les attitudes, étaient les plus captivantes.
Du Royal Viograph on sort émerveillé; c'est en effet une merveille.


Le Roussillon, Perpignan, 4 mars 1901, p. 3.

On comprend donc que l'enthousiasme réel ou simplement commercial redouble dès que des vues locales sont annoncées :

Cinématographie. — Les spectateurs — et combien nombreux — qui se croyaient victimes d'une illusion devant les splendeurs du The Royal Viograph, auront dès ce soir la certitude que les tableaux qui se sont déroulés sous leurs yeux émerveillés étaient d'une réalité indiscutable.
Les rues de Perpignan, les magnifiques fêtes carnavalesques, l'animation de la Loge ont fourni à l'opérateur du The Royal Viograph maintes occasions de croquer sur le vif les scènes les plus originales de la vie perpignanaise. Défilés, sociétés musicales, physionomies bien connues, parties de manille remarquables seront reproduites. Au programme entièrement renouvelé seront ajoutée des épisodes de la guerre de Chine d'une frappante actualité, et une reproduction de l'énorme succès de la Scala, le magnifique ballet Excelsior.
La superbe, autant qu'inédite, féerie Jeanne d'Arc, complétera ce spectacle avec lequel nul autre ne saurait rivaliser et que tous nos lecteurs voudront admirer. Mais ils doivent se hâter, car le The Royal Viograph n'est plus à Perpignan que pour cinq ou six jours.


Le Roussillon, Perpignan, 8 mars 1901, p. 3.

Difficile de savoir si plusieurs films ont été tournés réellement ou s'il y a aussi des effets d'annonce. L'hebdomadaire L'Impartial des Pyrénées-Orientales confirme au moins un titre va donner un titre :

The royal viograph
Chaque soir l'enceinte du cirque est remplie d'admirateurs de ce superbe viographe.
Cendrillon, la chasse au cerf, un grand voyage au Mexique, la danse du feu, la guerre de Chine, celle de Cuba, des Boërs, les défilés des musiques pendant le Carnaval de Perpignan, Poupoun et cent tableaux différents pris sur tous les points du monde se succèdent de la façon la plus ravissante.
Continuons donc d'aller au Royal viograph !


L'Impartial des Pyrénées-Orientales, Perpignan, 9 mars 1901, p. 3.

Finalement les dernières représentations sont prévues pour le dimanche 17 mars : 

Au Royal Viograph. — A la demande générale du public, la direction a décidé de donner des représentations jusqu'à dimanche 17 courant, date de la clôture définitive et irrévocable.
Aujourd'hui jeudi, grand changement de programme avec les tableaux sensationnels des Episodes de la guerre de Chine ; Bombardement de Tien-Tsin par les flottes alliées; Une mission française attaquée par les Boxers ; Combat sous les murs de Pékin ; Décapitation du mandarin qui a assassiné l'ambassadeur d'Allemagne ; Vues dans un télescope ; La maison que Jacques construit ; Laissez-moi rêver ; Les glissoires au Canada ; Jeanne d'Arc, pièce à grand spectacle en 12 tableaux.


Le Roussillon, Perpignan, 14 mars 1901, p. 3.

Alors que le Royal Viograph est sur le point de mettre un terme à ses projections, un fait divers va concerner, sans raison, un des prétendus responsables du spectacle :

Arrestation d'un insoumis. — La gendarmerie a mis en état d'arrestation M. Louvigny, l'un des directeurs du Royal Viograph, comme soldat omis non excusé de la classe 1895.
Il a été conduit A la maison d'arrêt d'où il sera dirigé sur Montpellier.


Le Roussillon, Perpignan, 18 mars 1901, p. 3.

Trois jours plus tard, un démenti met fin à ce canard :

Rectification. — L'administration du Royal Viograph nous prie d'annoncer que le sieur Louvigny, arrêté comme insoumis, n'est nullement un des directeurs du Viograph, et qu'il ne fait même pas partie du personnel.
Nous avions, d'après un confrère, annoncé son arrestation en lui donnant la qualité de co-directeur de l'établissement qui vient de nous quitter.


Le Roussillon, Perpignan, 21 mars 1901, p. 3. 

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